Le café

Le café est le lieu de sociabilité par excellence, l’espace privilégié des rencontres.

On s'y rend pour les baptêmes, les fiançailles, les mariages, ou pour conclure une affaire. L'apogée du café se situe entre 1920 et 1960. Après la seconde guerre, leur nombre diminue.

Toutefois, il reste un des lieux les plus importants du village, concentrant souvent tous les commerces en un seul : il fait épicerie – dépôt de pain et de journaux – bureau de tabac, bazar…

Le cafetier

«Le cabaretier est l’agent essentiel de la culture populaire, informateur, organisateur de réjouissances collectives, prêteur, usurier à l'occasion ; […] le plus souvent une contre-église.»

F.Braudel

Le tenancier de débit de boisson est un personnage central dans les campagnes.

Pourtant, au XIXe siècle, la profession est encore peu considérée, car « recherchée par beaucoup de gens peu enclins à un travail régulier et quelquefois d'une moralité suspecte. » Toutefois, le nombre de débits est en constante augmentation :

« A peine une route est-elle tracée, qu'au premier carrefour, vous en rencontrez un. Pas un gros village sans que vous n'aperceviez à l'entrée le bouchon indicateur, et pas de bourg de quelque importance sans que vous n'y comptiez 30 ou 40 enseignes.»

Le débit de boissons

Le café est le lieu de sociabilité par excellence, lieu de brassage social et professionnel.

La loi de juillet 1880 supprime la demande d'autorisation pour l'ouverture d'un débit de boissons provoquant une explosion du nombre de ces débits. Leur multiplication conduit certaines communes à prendre des arrêtés sur leur localisation. Ainsi à Locarn, le conseil municipal décide le 28 août 1913 qu’à «l'avenir et sans préjudice des droits acquis, il ne pourra être établi, dans la commune de Locarn, aucun café, cabaret ou débit de boissons, à moins d'une distance de 5 mètres de l'église, du cimetière et des établissements d'instruction publique.»

Les débits de boisson, ou auberges, restent longtemps assez sommaires : quelques m² attenants au local d'habitation, quelques tables et bancs font l’affaire. Les cafetiers sont souvent aussi épiciers, buralistes ou merciers… Souvent tenu par l'épouse, le café assure ainsi un revenu complémentaire.

Il est un des lieux privilégiés de rencontre. On s'y rend pour les baptêmes, les fiançailles, les mariages, ou pour conclure une affaire.

Une auberge en 1884

Auberge et cafés de Guéméné-sur-Scorff

«Permettez-moi tout d'abord de vous rapporter notre expérience de l'auberge principale […] où les voyageurs sont conduits par une porte cochère dans une large cours d'écurie, et pénètrent dans la maison par la cuisine. Les lits sont propres et assez confortables, la nourriture est modeste mais abondante, et il n'y a rien qui puisse faire fuir le plus exigeant. […]

Un soir, il y a un grand rassemblement au vieux café au toit à forte pente […]. La fille de la populaire hôtesse s'est fiancée au presbytère et doit se marier dans un mois. Elle a sa dot, ou sa part, de quelques centaines de francs et son futur mari sa petite ferme ; ils se sont retrouvés pour célébrer l'occasion et leurs proches amis font la fête jusque tard dans la nuit. Ils sont tous assis autour d'une table grossière dans la petite salle, les lampes éclairant le visage des filles, les hommes en blouse ou en veste blanche, avec des boutons brillants ; en arrière-plan un plafond en bois, de la fumée, des rires, des chants, et de la gaieté, qui se poursuit longtemps après que les lumières se soient éteintes dans la rue et que la lune ses oit levée au-dessus de la vallée.»

H.Blackburn, R.Caldecott, 1994 (1884)

Visite du marchand de vin vers 1940

« Dans ce bocage un peu isolé on comptait six débits de boisson, lesquels étaient visités bimensuellement par 27 grossistes, chiffres en main...

Cela faisait 27 voitures de voyageurs par quinzaine, 27 camions de livraison. Et l’on était au temps de l’essence à tickets ! En somme, on ne voyait plus que des voitures et des camions, et des marchands de vin eux-mêmes, sur la place de ce gros bourg. […]

Un maçon qui avait repéré la vieille Renault entra demander l’heure. On lui fit signe d’approcher, et les trois autres maçons, ne voyant pas revenir le premier, entrèrent à leur tour. Puis ce fut le forgeron d’à côté dont on ne voyait que le blanc des yeux qui tournait à la couleur lie de vin. On fit signe à Per an Officer, lequel avait servi dans la coloniale et portait une casquette galonnée en travaillant son jardin rocheux où rien ne poussait bien entendu.

Et le comptoir se garnissait, les litres succédaient aux litres, payés par le marchand de vin. […] Kerantec sortit son portefeuille. L’addition était impressionnante, car plusieurs, sous le coup de l’émotion, s’étaient fait servir deux ou trois fois. Ce sont là choses très courantes, le marchand de vin paie toujours. »

F.Dantec, 1955

Ambiance actuelle

L'apogée du café se situe entre 1920 et 1960. Les débits profitent de l'évolution des loisirs : ils adjoignent à la salle de café une salle de bal, et investissent souvent dans un piano mécanique permettant de faire « danser la jeunesse ».

Toutefois, après la seconde guerre, leur diminution est parallèle à celle de la population.

Il reste un des lieux les plus importants du village, concentrant souvent tous les commerces en un seul : il fait épicerie – dépôt de pain et de journaux – bureau de tabac, mercerie, quincaillerie, bazar, droguerie… Mais c'est surtout un lieu de rencontre où l'on apprend les nouvelles et où l’on discute. Si les femmes le fréquentent plus aisément qu’auparavant, il reste tout de même un des lieux privilégiés de la sociabilité masculine.

Aujourd’hui, la vague des cafés à thème a atteint le Centre Bretagne et l’on découvre au hasard des balades : café - librairie, café - concerts, café - images… des lieux qui se veulent à la fois des lieux d’animation culturelle et des lieux de vie tout simplement.