L'école

Avec la mairie, l’école est un des lieux forts imposés par la IIIe République.

La loi du 19 février 1878 oblige les communes à posséder, et donc souvent à construire, leur école.

La fréquentation régulière de l’école par les enfants est une préoccupation constante de l’administration. En effet, l’école doit contribuer à la diffusion du savoir, mais aussi faire de chaque enfant un citoyen fidèle à la République.

Une école par commune

« Dans tout groupe scolaire, les bâtiments affectés aux divers services (école de garçons, école de filles, salle d’asile) seront distincts les uns des autres...

On évitera de placer une salle d’asile [ancêtre de l’école maternelle, elle accueillait les moins de six ans] entre l’école de garçons et l’école de filles. »

C’est ce que l’on peut lire dans les Instructions de 1887, concernant les règles de construction des écoles. La fréquentation régulière de l’école par les enfants est une préoccupation constante de l’administration. En effet, la distance entre le groupe scolaire au bourg et les hameaux peut parfois atteindre jusqu’à 8 ou 9 kilomètres. C’est pourquoi, en 1890, le ministre de l’Instruction Publique suscite la création d’écoles de hameau : un enfant ne doit pas avoir à faire plus de 3 ou 4 km à pied pour rallier l’école. A Bulat-Pestivien, en 1934, «les écoles primaires sont régulièrement fréquentées. Toutefois, les enfants viennent assez âgés à l'école (à 7 et 8 ans) par suite des longues distances à parcourir. Il n'y a ni pensionnat, ni cantine dans les écoles publiques ; les élèves qui ne peuvent regagner à midi le domicile de leurs parents apportent leur nourriture (soupe, pain, beurre) et l'absorbent dans une maison amie ou au cabaret.»

L.Fournier, 1934

Les élèves

«L’enfant du monde rural vient à l’école à pied, chaussé de sabots. Il ne peut éviter les intempéries.

Quand il arrive en classe, il suspend son sac et ses vêtements de pluie au portemanteau, simple rangée de clous ou de bobines de bois vides. S’il est trempé, il se sèche autour du poële ou… à sa table d’écolier. Tous les jours, en dehors du temps de récréation, face au tableau noir, il est coincé dans les tables banc à 4, 5 ou 6 places, ou plus selon les circonstances. Le banc n’a pas de dossier, l’élève s’appuie avec précaution sur la table de derrière qu’il ne faut pas ébranler. Le porte-plume et le crayon sont dans la rainure et l’encrier dans son trou.»

P.Morisset

L’enseignement

En 1880, lorsque la loi rend l’école gratuite et obligatoire, moins de la moitié des enfants du Centre Bretagne ayant entre 7 et 13 ans fréquente l'école, et encore seulement quelques mois par an. Pas à pas, les instituteurs vont faire de l’école l’instrument de la diffusion de l’idée républicaine, imposer le français dans les campagnes, et développer l’instruction, clé de l’ascension sociale. Le sésame, c’est le certificat d’étude (le « saint certificat », sanctifikad en breton) auquel ils préparent chaque année leurs meilleurs élèves.

L’instruction à Bulat-Pestivien en 1934

«L'instruction primaire est donnée aux enfants dans deux écoles publiques (une de garçons à trois classes, une de filles à une classe primaire et à une classe enfantine) et dans une école privée catholique de filles tenue par des sœurs de la Providence de Créhen. 120 garçons et 15 filles fréquentent les écoles publiques ; 100 à 110 filles vont à l'école libre, où fonctionne un pensionnat. Les enfants des villages situés à l'extrême nord et à l'ouest de la commune vont aux écoles de Pont-Melvez et de Les Mais. Quelques garçons sont pensionnaires à l'école primaire des frères de Callac. Peu poursuivent leurs études (en 1931, à Guingamp : deux garçons, quatre filles aux Ecoles primaires supérieures ; un ou deux garçons au Collège libre, Institution Notre-dame).

L.Fournier, 1934

L'instituteur

Parmi les instituteurs, il faut distinguer les normaliens et les adjoints, titulaires du brevet, simple ou supérieur.

Les premiers accèdent plus aisément à la direction d’une école à plusieurs classes alors que les autres doivent d’abord mériter leur titularisation. En plus des fondamentaux (lecture, écriture, calcul), le «hussard noir de la République» (Péguy, 1913) doit imprégner les élèves d’un «catéchisme républicain», à la fois politique (la citoyenneté), moral (les défauts, les qualités) et national (l’unité linguistique, le patriotisme). (J.Y.Michel, 2005)

En 1880, lorsque la loi rend l’école gratuite et obligatoire, moins de la moitié des enfants du Centre Bretagne ayant entre 7 et 13 ans fréquente l'école, et encore seulement quelques mois par an. Pas à pas, les instituteurs vont faire de l’école l’instrument de la diffusion de l’idée républicaine, imposer le français dans les campagnes, et développer l’instruction, clé de l’ascension sociale.

Le sésame, c’est le certificat d’étude (le «saint certificat», sanctifikad en breton) auquel ils préparent chaque année leurs meilleurs élèves. Cette mission, ils l’accomplissent dans des conditions difficiles.

Des classes surchargées : A Berrien, en 1901, l’instituteur enseigne à 132 élèves qui disposent chacun de 0,31m² ! A Locmaria-Berrien, le maître écrit en 1929 : «J’ai l’honneur de vous informer que, ce matin, j’ai dû renvoyer les élèves. La cour reste encombrée de matériel de vidange et, ce qui est pire, les cabinets découverts. Je ne veux pas accepter la responsabilité du danger.»

Des logements exigus et souvent insalubres : toujours à Berrien en 1901, le maître loge, avec sa mère, dans un réduit de 14 m². En 1886, celui de Landeleau est logé dans une étable. Des salaires faibles : il fut longtemps le plus mal payé des fonctionnaires de l’Etat. Sa devise est «Ne rien perdre, ne rien casser, ne rien déchirer».

Et pourtant, il doit tenir son rang, montrer l’exemple, car il est un des notables de la commune. Il participe de près à la vie locale, étant souvent secrétaire de mairie. De plus, même après les cours, il se doit de continuer sa mission d’éducateur, en particulier auprès des adultes : il organise bibliothèque, conférences, cours du soir, séances de projection, association d'amis de l'instruction publique… Républicain convaincu, il est à la pointe du combat contre le cléricalisme. Il rivalise avec le recteur pour la conquête des «âmes» enfantines et adultes, mettant sur pied patronage, sociétés de tir, de chasse laïques.

La langue bretonne et l’école publique

L'enseignement a toujours été dispensé en français, les lois et règlements le prescrivent, dès le début du XIXe siècle. Dans la pratique, il n'en est pas tout à fait de même.

Jusque vers 1880, l’enseignement est donc caractérisé à la fois par l'affirmation du principe de la primauté de la langue française à l'école, et par une certaine tolérance de fait à l'égard de la langue bretonne. C'est après l'instauration de l'enseignement primaire obligatoire que l'inspecteur général Carré fait prévaloir la méthode directe et l'exclusion complète du breton de l'école. Il faut cependant attendre le 14 août 1925 pour qu'un ministre de l'Instruction Publique, Anatole de Monzie, publie une circulaire «relative aux idiomes locaux», excluant tout à fait que «le dialecte local puisse servir à enseigner le français». Cette période répressive dure de la fin des années 1880 jusqu'au début des années 1950.

En 1951, la loi Deixonne autorise l'enseignement des langues régionales une heure par semaine. L'impact est réduit, non seulement en raison des dispositions limitées de la loi elle-même, mais également à cause de l'application restrictive qui en est faite. L'enseignement du breton progresse ensuite par décrets et circulaires. La circulaire Savary de 1982 en ayant ouvert la possibilité, une filière de classes bilingues s'est mise en place, non sans mal parfois. Au total, l'enseignement du breton ne touche qu'une faible proportion des élèves. Au début des années 1980, un peu plus de 10000 sont concernés en primaire et près de 6000 dans le secondaire, les effectifs restant globalement stables.

L’école du renard

« Ce qu’on appelle l’école buissonnière, nous l’appelons « l’école du renard »...

Est-ce parce que le renard y est l’instituteur ou parce qu’il faut être rusé pour ne pas s’y faire prendre ? L’école du renard, c’est l’odeur violente de la liberté qui nous prend soudain à la gorge, au mois d’avril ou de mai […]. Le triste liquide violet qui croupit dans l’encrier nous donne envie de vomir. […] Dehors, il y a les pièges à oiseaux, les frondes, les sifflets de saule et toutes les vieilles pierres sauvages qui nous attendent sur les collines arides du sud-est, les plus proches de la maison d’école précisément. Alors étonnez-vous que de temps en temps il y ait un Pierre, un Louis ou un Jacques, un Corentin, un Demêtre, un Gourgon ou un Joachim qui ne répond pas à l’appel de l’après-midi. En général, ils disparaissent à deux ou trois.

Où sont-ils,interroge le maître d’école,qui le sait fort bien, où sont-ils passés ?

Et toute la classe répond en cœur : «Ils sont malades, monsieur.»»

P.-J.Hélias, 1975