L'église

C’est au cours des XVe et XVIe siècles que l’église et l’enclos paroissial prennent leur aspect traditionnel : église, croix ou calvaire, ossuaire et porche ouvrant sur le cimetière.

Durant les siècles suivants, de nombreux aménagements sont apportés car l’église n’est pas seulement la maison de Dieu, elle est surtout la maison commune, lieu et image privilégiés de la paroisse.

Le curé

Le curé(ou recteur en Basse-Bretagne) est le premier personnage de la paroisse. Sa présence est indispensable à la vie normale de la communauté.

Il célèbre baptêmes, mariages et enterrements, et se fait le porte-parole de la paroisse à l'extérieur. En semaine, il donne les messes matines et les vêpres l’après-midi, il confesse ses paroissiens, rend visite aux malades, enseigne le catéchisme aux enfants. Il organise des conférences sur l’histoire et la vie de l’église. Il a souvent créé un patronage où l’on peut se divertir, faire du sport…

Si son autorité n'est guère contestée au sein de la paroisse, elle n'est pas sans bornes, et des conflits opposent paroissiens et curé notamment quand il cherche à interdire danses et autres divertissements.

Après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 , le curé habite un presbytère loué à la commune par le diocèse, il dispose souvent d’un jardin avec un potager. La rémunération des curés est désormais tributaire du casuel, versé par les fidèles lors des quêtes en fin d’office, et du denier du culte, instauré par les évêques en 1906 pour combler le manque à gagner. Tout au long du XXe siècle, l'influence de l'Eglise ne cesse de décroître. La faiblesse des vocations ne permet pas d'attribuer "un curé par clocher", et chaque prêtre se partage aujourd'hui entre plusieurs paroisses.

La religiosité

A Bulat-Pestivien, dans les années 1930, «la religion catholique, très pratiquée, est la religion de tous les habitants. Les offices du dimanche, célébrés par deux prêtres sont régulièrement suivis par les hommes et les femmes.

La "personne de garde" qui reste à la ferme toute la journée du dimanche, surveillant et soignant les animaux, va cependant à la "petite messe" du matin. Aller à la messe est à peu près la seule occasion qu'aient les habitants de se rendre tous au bourg une fois par semaine, qui en voiture, qui à pied. Avant et après la cérémonie, ils vendent leurs produits, s'approvisionnent, consultent le secrétaire de mairie sur leurs "affaires", écoutent le bannisseur qui, juché sur le socle de la croix du cimetière, lit les avis municipaux, échangent leurs impressions, parlent un peu politique. Ils n'oublient pas de se rendre sur les tombes de leurs morts et d'y prier. Avant de s'en retourner à la maison, les femmes boivent, au cabaret, leur café au lait ; les hommes, leur verre de vin ou leur café.»

L.Fournier, 1934

L’enclos paroissial

L’enclos paroissial prend son aspect traditionnel durant les XVe et XVIe siècles. On y trouve l’église, le plus souvent de style gothique flamboyant, une croix ou un calvaire, un ossuaire et un porche ouvrant sur le cimetière.

La densité du réseau des chapelles explique la modestie de certaines églises paroissiales.

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, la prospérité économique de la Bretagne permet de consacrer l’excédent des revenus paroissiaux à l’église, celle-ci est sans cesse remaniée et agrandie : on lui ajoute un ossuaire, une sacristie, un chevet, on commande statues, retables et chaire à prêcher… Par «esprit de clocher», on rivalise avec les paroisses voisines par église interposée. Car l’église n’est pas seulement alors la maison de Dieu, elle est surtout la maison commune, le lieu privilégié de l’expression du sentiment collectif.

Au cours des siècles, l’église et l’enclos vont connaître divers changements. Le plus important sans doute interviendra dans la première moitié du XXe siècle, il s’agit du «déménagement» du cimetière de l’enclos vers l’extérieur du bourg, pour des raisons hygiéniques. Toutes les communes ne vont pas prendre cette décision, mais toutes cherchent à «ordonner» les lieux publics, comme en témoigne cette délibération du conseil municipal de Locarn le 13 septembre 1925 :

« Le conseil décide que, puisque toutes les concessions sont gratuites au cimetière, les familles soient invitées à entretenir convenablement leurs concessions faute de quoi la commune serait en droit d'en reprendre possession au bout de 5 ans.»

La pratique religieuse

La messe dominicale

Il y a trois messes dites le dimanche : la basse-messe a lieu à 7 heures, la grand-messe vers 10 heures, et les vêpres en début d’après-midi. La basse-messe dure environ ¾ d’heure.
Les membres de la famille qui s’y rendent doivent être rentrés assez tôt pour que les autres puissent y venir : il n’est pas question de laisser la ferme sans surveillance. La grand-messe, Offeren bred, dure une heure et quart.

Le baptême

Le baptême se fait rapidement. Il a lieu dans la plupart des cas 24 heures après la naissance. C’est souvent la sage-femme qui emmène le nouveau-né à l’église. Elle assiste à la cérémonie puis au repas de baptême dont elle est généralement l’unique invitée extérieure à la famille.

Quelques jours après la naissance la mère recommence à travailler. Une de ses premières tâches est de laver le linge ayant servi lors de son accouchement. Il s’agit du premier acte de purification avant la cérémonie des relevailles qui a lieu à l’église une dizaine de jours après la naissance. Cette cérémonie doit se dérouler très discrètement, elle a toujours lieu en semaine, avant ou après la messe matinale.

La femme est vêtue, été comme hiver, d’une longue cape noire. Elle doit s’arrêter sur le porche de l’église. Le curé vient la chercher et la conduit devant le Saint-Sacrement ; il récite des prières et l’asperge d’eau bénite. Après cela, la femme peut reprendre une vie religieuse normale.

Le mariage

Le mariage est la fête paysanne par excellence, moment où l’on rompt avec l’austérité quotidienne : on y fait bombance et on y danse.
Au début du siècle, les noces peuvent réunir un grand nombre de personnes.

Certains mariages de la Montagne sont longtemps restés dans les mémoires car ils ont réuni plus de mille personnes. Le matin du mariage, les cortèges partent des maisons des deux mariés pour rejoindre l’église. Après la messe, danses sur la place du bourg et courses de chevaux célèbrent les nouveaux mariés. Puis l’on rejoint le lieu où sera servi le repas. Danses et courses vont encore rythmer la fête.

Le deuil

« A Bulat-Pestivien, Maël-Pestivien, Plusquellec, Plourac’h et dans plusieurs localités sises dans le haut de la vallée de l’Aulne, aussitôt qu’un décès est arrivé dans une maison, toutes les pièces de la vaisselière, plats et assiettes sont retournés ; ces pièces de vaisselle restent ainsi tant que le mort est dans la maison, et ne sont remises dans leur position ordinaire que le lendemain de l’inhumation. » (D.Dergny, 1888)

La veillée mortuaire se fait en présence du diseur de grâces qui guide les prières et les chants. Le lendemain, jour de l’enterrement, il se place en tête du convoi en secouant une clochette. Après l’enterrement tout le monde se sépare. Au début du siècle, le repas n’a lieu qu’après la messe de huitaine. C’est durant l’entre-deux-guerres que l’habitude est prise d’offrir un « café », goûter copieux, tout de suite après les funérailles. Souvent un membre de la famille se poste à la sortie du cimetière pour lancer discrètement les invitations.

Les restaurations du XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, de nombreuses restaurations d’églises ont lieu. Elles se justifient par l’état de délabrement de nombreux bâtiments, les réparations antérieures tenant plus du «rafistolage».

Les architectes qui vont travailler à ces restaurations vont s’efforcer de retrouver le style d’origine. A Locarn, la restauration de l'église a lieu entre 1891 et 1897, elle est menée par l'architecte Ernest Le Guerranic (1831-1915). Durant le quatrième quart du XIXe siècle, Le Guerrannic a remanié ou reconstruit beaucoup d'édifices du secteur (Belle-Isle-en-Terre, Carnoët, La Chapelle-Neuve, Plévin, Carhaix, Paule, etc.)

L’étude préalable à la restauration nous renseigne sur l’état de l’église :

« L'église de Locarn, dont l'architecture porte les caractères du XVIe et XVIIe siècles, est bâtie sur le flanc raide d'une colline, exposée au midi et en contrebas de la route de Saint-Nicodème. Pour l'asseoir on a creusé irrégulièrement la colline d'où s'échappent des sources nombreuses dont les eaux enveloppent l'édifice et y entretiennent une grande humidité. Le bas-côté nord est profondément enterré ; le socle a été posé selon la pente du terrain de telle sorte que du côté nord,il est de 1m60 plus élevé que du côté midi. A ces causes d'humidité, il faut ajouter le voisinage de grands arbres nombreux et touffus dont les rameaux s'avancent sur les toitures.

L'église comprend une nef principale, deux collatéraux, celui du midi ayant une largeur exagérée, et un transept dont les bras sont très allongés. Quant à la charpente, la couverture et les voûtes en bois, tout croule et s'affaisse ; c'est à refaire au plus tôt. Le pignon occidental est nu et sans intérêt, il supporte un petit campanile où l'on ne peut placer que des cloches beaucoup trop faibles pour l'étendue de la paroisse. »

Archives Départementales 22, V1732

La loi de séparation de 1905

La IIIe République porte un coup décisif à l’autorité de l'Eglise. On ne compte plus les lois et les décrets promulgués à partir des années 1870 qui visent à réduire l’emprise du clergé sur les institutions et les mentalités.

Réduction du budget des cultes, laïcisation de l’école puis du personnel enseignant, autorisation pour les maires d’interdire les processions religieuses dans leur commune, restauration du divorce, etc. En 1905, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat sonne le glas de la puissance cléricale. L’appauvrissement du clergé est la première conséquence de la loi sur la séparation: il perd les quelque 40 millions de francs de sa dotation officielle, le budget des cultes étant supprimé, ainsi que l’ensemble de ses biens.

Les procédures d’inventaire des biens de l’Eglise vont donner lieu à des scènes d’opposition entre les représentants de la République chargés de l’inventaire et le clergé et ses supporters. Ces scènes seront plus ou moins violentes selon les endroits.

A Locarn, l’inventaire a lieu les 5 et 6 mars 1906.

« Le 5 mars à 7 heures du matin, écrit Noël, le percepteur de Maël-Carhaix, chargé de l’inventaire, …nous nous sommes présenté à la porte principale de la dite église où se tenaient monsieur le recteur de Locarn, son vicaire et quelques membres du conseil de fabrique ; nous leur avons alors fait connaître l'objet de notre mission puis demander d'assister à l'inventaire. Ces représentants ont répondu que les portes de l'église étaient fermées à clef et qu'ils se refusaient formellement de les ouvrir et de laisser opérer l'inventaire.[…] Devant cet obstacle matériel, nous avons dû nous retirer sans pouvoir accomplir notre mission. Par ailleurs aucun incident ne s'est produit. En foi de quoi nous avons rédigé le présent procès-verbal. »

L’inventaire a finalement lieu le lendemain sans incident.

Un pardon à Landremel

Les cloches, que les gars de la classe mettent vigoureusement en branle, répandent sur la paroisse les appels les plus allègres. Leur voix s'envole vers la montagne, à travers collines et garennes, elle descend vers la vallée par les chemins creux bien abrités, elle suit la grand'route, au carrefour elle tourbillonne, et elle vibre dans les arbustes et sur le lierre des troncs émondés et se faufile dans les carrières, dans les vergers, dans les aires ensoleillées des fermes, si calmes les dimanches après-midi. […]

Sur la place de Landremel, un rayon de soleil brilla. La procession était sortie. Les bannières, la soie des tabliers, le velours des corsages, les coiffes immaculées, les plumes du dais, le Sacrement jetèrent leur éclat. Femmes et hommes chantaient :

A notre mère Sainte Anne…

La voix des choristes s'élevait aiguë, au-dessus de toutes les voix. Monsieur le vicaire donnait le ton ; ses bras, levés en l'air, agitaient les manches de son surplis blanc, telles des ailes déployées. Ainsi que les choristes, les cloches n'avaient pas le souffle court. Leur battant frappait le bronze avec rage et joie.

Dans les chemins creux, des mères qui se rendaient à la croix, un enfant sur le bras, et un petit garçon suçant son pouce, accroché à leur tablier, marchèrent plus vite. »

(J.RIOU, 1991, L'herbe à la Vierge.)

La fête profane

Cette période est aussi un moment de grande convivialité. Jusque récemment, les gens originaires de la paroisse mais qui l'avaient quitté prenaient des congés pour être présents au moment du pardon.

C'est un moment où l'on reçoit la famille. En plus des repas familiaux, on reçoit les voisins, les amis au café.

La danse tient une place de choix dans les réjouissances. Jusqu’aux années 1940, après la procession, des danses avaient lieu sur la place du village (gavotte…). Puis le soir se déroulait le bal. Il semble que jusqu'à la fin des années vingt, le bal ait été animé par des chanteurs et des sonneurs de la région. Mais petit à petit, ces chanteurs et ces sonneurs ont été supplantés par des orchestres avec accordéon.

La fête religieuse

Le pardon est une assemblée religieuse se tenant une fois l'an à l'occasion de la fête du saint patron d'une église ou d'une chapelle, à laquelle se greffent des réjouissances populaires.

On distingue en Bretagne entre les grands pardons (une dizaine parmi lesquels : Saint Yves de Tréguier, Notre Dame du Folgoët, Sainte Anne la Palud, Sainte Anne d'Auray...) et les petits pardons qui ont une influence beaucoup plus localisée. Les dates des pardons sont très inégalement réparties sur l'année. En général, ils se déroulent de mai à septembre. Le cérémoniel est fixé par la tradition mais les principales étapes sont partout les mêmes : messe, procession jusqu'à la fontaine et tantad (feu de joie) au terme de la procession. Le haut lieu de beaucoup de pardons, c'est en effet la fontaine, le plus souvent placée sous la protection du saint patron de la paroisse. La procession clôture la partie religieuse du pardon mais ce dernier n'en est pas pour autant terminé.

Des divertissements divers ont lieu ensuite : autrefois tournois de lutte bretonne, courses de chevaux ; aujourd’hui manèges, courses cyclistes.

La lutte bretonne ou gouren

Toujours associée à la fête, la lutte est, comme la danse, au cœur des réjouissances populaires.

Les tournois de lutte attirent une assistance très nombreuse qui vient souvent de loin pour voir combattre ses champions favoris. Les lutteurs sont de véritables héros, fiertés de leurs paroisses. La lutte manque pourtant de disparaître avec l’éclatement de la société rurale traditionnelle. Durant l’Entre-deux-guerres, des passionnés, réunis autour du Docteur Cotonnec, s’efforcent de la sauver et vont faire du gouren, jeu traditionnel, un sport moderne.

La course cycliste

Après la première guerre mondiale, le vélo se diffuse largement dans les campagnes, connaissant un succès grandissant auprès des jeunes.

Il leur permet notamment de sillonner les bals de leur région… Progressivement les courses cyclistes vont détrôner les courses de chevaux qui avaient lieu lors de l’ad-pardon. Pas une commune qui n’ait sa course, et le public vient nombreux acclamer les coureurs. La bicyclette devient la « petite reine » dans le cœur d’innombrables Bretons et la course cycliste leur sport favori, avec le football.