La forge

La forge est le lieu de rendez-vous des hommes. On y amène les chevaux pour le ferrage. On y vient faire réparer les outils : retremper une houe avant l’écobuage…

Le bruit, le feu, les étincelles qui volent y aussi attirent les enfants ; les mendiants viennent se réchauffer à son foyer…

Elle constitue un vrai forum.

Le travail

Une des activités du forgeron est d'être taillandier, c'est-à-dire fabricant d'outils.

Il fabrique ses propres outils et ceux des autres artisans.

Au XIXe siècle, la taillanderie devient une industrie entraînant un travail parcellaire et développant une activité de vente sur catalogue. Le forgeron de village est à l'écoute des besoins des paysans. Il vit au rythme des travaux saisonniers : entre janvier et mars, il répare l’outillage pour couper le bois et l’ajonc. Au début du printemps, il s’occupe du matériel plus lourd : herses, charrues, charrettes ; puis à l’arrivée des moissons des faucheuses, lieuses…

Le maréchal-ferrant

A la campagne, le forgeron est aussi maréchal-ferrant, les deux professions ne se différencient pas. Le forgeron est un artisan respecté, les traits satiriques le concernant sont peu nombreux.

Fournissant lui-même la matière première, il ne peut être accusé de détournement. A une époque où la force physique est très considérée, c'est lui qui l'incarne sans doute le mieux au sein de la communauté villageoise.

En hiver, quand l'activité est réduite, des concours du levé de l'enclume ont d'ailleurs lieu à la forge.

Parmi les artisans, il occupe une place à part. Sa maîtrise du feu, du fer et de l’eau en a fait une sorte de magicien à qui l’on attribue des pouvoirs, notamment celui de guérir. Ainsi, on lui prête la capacité de soigner les enfants pris de convulsions. Il fut souvent le premier dentiste du village, arrachant les dents malades.

Il forge les outils agricoles, les ustensiles du foyer et de la cuisine.

Les outils du forgeron

Le grand soufflet, en bois et en cuir, et les tisonniers permettent de maîtriser le feu... Les pinces et les tenailles sont utilisées pour retirer les pièces du feu.

A côté des pinces ordinaires, il existe des pinces coudées à platebande pour tenir les fers plats, les tenailles à fer carré, les tenailles goulues pour les petits objets ronds et les tenailles croches pour les grosses pièces carrées ou les barres de gros diamètre. Un bloc de fer et d’acier maintenu par des clous sur une bille de bois, voilà l’enclume. Le dessus est une planche terminée par une section droite à un bout et par une partie arrondie conique de l’autre appelée la bigorne. Un autre outil indispensable au forgeron, c’est le marteau, il en existe différents modèles : le lourd marteau « à devant », tenu à deux mains, est employé à toutes les étapes du travail ; le marteau à tête plate permet de dresser et de planer le fer, et le marteau à tête ronde d’emboutir les pièces courbes ; la chasse, un marteau intermédiaire, placée entre la pièce à forger et le marteau qui frappe, sert, selon sa forme, à produire un enfoncement arrondi ou carré ou un angle rentrant. Le dégorgeoir, un coin porté au bout d’un manche, est utilisé pour creuser le fer. La tranche, sorte de burin, fixée elle aussi au bout d’un manche, sert à amincir et à couper le fer. Le poinçon, outil conique, permet de percer le fer, et le mandrin, de modeler la percée.

Le cheval

Le cheval fut le compagnon privilégié du travail paysan. Sa valeur économique, mais aussi affective, rend essentiel son bon entretien et sa protection.

Le maréchal-ferrant est alors un allié apprécié.

Il est capable de ferrer mais aussi de soigner les bêtes: on lui demande de couper la queue des poulains au printemps, il forge des fers spéciaux pour les chevaux ayant des déformations…

L'intérieur de la forge

En dehors des bourgs, les forges sont situées aux carrefours, à l'intersection des voies de communication entre plusieurs villages.

Près d'elle, on trouve souvent le café de la forge tenu la plupart du temps par l'épouse du forgeron. La forge est le lieu de rendez-vous des hommes, elle constitue un vrai forum. Le bruit, le feu, les étincelles qui volent y attirent les enfants ; les mendiants viennent se réchauffer à son foyer. Après un week-end de fête, les jeunes gens viennent y "faire leur lundi" ( ober lundi ) : ils y amènent les chevaux à ferrer, les outils à réparer, et passent ainsi une matinée calme avant de s'atteler de nouveau aux travaux des champs.

Les clients et spectateurs

Les relations du forgeron avec sa clientèle sont privilégiées : il est invité aux mariages…

Il est aussi le seul (avec le curé) à avoir droit à une quête annuelle (en nature ou en argent), kest ar soc'h: il s'agit de compenser les services gratuits rendus tout au long de l'année, et en particulier l'affûtage des socs.

La forge est pour les hommes l’équivalent du lavoir pour les femmes. C’est là que l’on s’arrête pour discuter, échanger et commenter les nouvelles. Elle est donc un passage obligé pour le maire souhaitant tâter le pouls de sa commune, en particulier au moment des élections.

L'évolution du métier

Mécanisation et motorisation vont progressivement exclure le cheval de l’agriculture.

Son emploi prend fin entre 1965 et 1970. Avec la fin de l'utilisation du cheval, le maréchal-ferrant perd sa clientèle traditionnelle et se reconvertit dans la ferronnerie, la réparation automobile, la vente de matériel agricole.

Aujourd'hui le développement de l'équitation loisirs permet un certain renouveau de la profession.