Le lavoir et la fontaine

Lavoir et fontaine sont des hauts-lieux de la sociabilité rurale, et en particulier féminine.

Les femmes s’y retrouvent pour puiser l’eau, pour les lessives…

Le culte de l’eau est très présent en Bretagne, la multiplication des fontaines témoigne de cette ferveur. Les fontaines sont donc aussi des lieux de piété, de médecine populaire.

Au lavoir

La lessive, faite au lavoir, est encore aujourd’hui à la fois le symbole du rapport privilégié de la femme avec l’eau et de la vie quotidienne d’une société traditionnelle.

Jusqu’au début du XXe siècle, la lessive reste une entreprise extraordinaire par son importance culturelle, mais aussi par l’énorme quantité de linge à laver.

Il s’agit presque d’une cérémonie collective. Pour le linge de maison (draps en toile…) et les vêtements les plus lourds (chemises en chanvre…), il se fait deux grandes lessives dans l’année. Selon l’aisance de la famille, il y a soit une bonne réserve de linge, soit peu de changements.

Si la grande lessive traditionnelle disparaît progressivement après l’arrivée de la lessiveuse en fer au début du XXe siècle, la phase « savonnage – rinçage » a toujours lieu au lavoir.

Ces lessives se déroulaient dans le cadre de l’entraide féminine. Elles se déroulaient sur trois jours généralement, et le linge passait de l’Enfer au Paradis.

Le premier jour, le linge est entassé dans de grands baquets en bois et mis à tremper : c’est le Purgatoire.

Le jour suivant, les pièces de linge sont entassées les unes sur les autres, puis on répand une couche de cendres d’ajonc, de pommier ou de chêne. Ensuite on verse de l’eau bouillante, parfois parfumée avec du laurier sauce sec, dessus, et on laisse tremper toute la nuit : c’est l’Enfer.

Le dernier jour, le linge est conduit au lavoir où, après avoir été savonné et frotté, il est enfin rincé et essoré : c’est le Paradis.

Il s’agissait d’un travail très pénible car, à la corvée de lessive, il faut ajouter celle du transport du bois et de l’eau nécessaire pour faire bouillir le linge.

A la fin du XIXe siècle, les municipalités aménagent les lavoirs pour faciliter le travail des laveuses. Ils sont couverts pour protéger de la pluie, leur fond est dallé pour éviter l’accumulation de la boue et le pourtour en est cimenté.

La fontaine

Lieux de rencontre, de piété, de médecine populaire, mais aussi de légendes, les fontaines ont profondément marqué la vie quotidienne.

Le culte de l’eau est très présent en Bretagne, la multiplication des fontaines témoigne de cette ferveur.

Très souvent, une chapelle a été édifiée près de la source. Les eaux sont souvent réputées avoir des pouvoirs. Parmi les propriétés attribuées à l’eau, ses pouvoirs de guérison et de prédiction sont les plus communément invoqués. Les demandes de guérison portent sur la stérilité, les maladies des yeux, les fièvres et les rhumatismes, mais aussi les maladies du bétail. Les pouvoirs de prédiction concernent deux aspects fondamentaux de la vie : l’amour et la mort.

Mais la fontaine ne se fréquente pas n’importe comment. Très souvent ses pouvoirs ne s’expriment qu’au moment du pardon. C’est à la fin de la procession que se déroulent les pratiques publiques, sous contrôle du clergé.

Toutefois, il existe d’autres pratiques plus secrètes, ayant lieu en dehors de ce temps précis.

Les lavandières

Quand on en a les moyens, ce travail est confié à une main-d’œuvre rétribuée. Il est d’ailleurs fort mal vu d’aller soi-même au lavoir quand on peut payer une lavandière.

Pierre-Jakez Hélias parle de la «galère des pauvres femmes chargées d’enfants» à propos de ces lavandières de métier. Ce sont souvent des veuves qui peuvent ainsi gagner leur vie sans avoir à demander la charité.

Radio – lavoir

War ar stank hag er milino, ‘vez klevet ar c’heloio. Au lavoir et au moulin, on entend les nouvelles.

Le lavoir est un des hauts-lieux de la sociabilité rurale. Il est le domaine réservé des femmes. Grâce à lui, elles sortent du cercle restreint de la maison et échangent les nouvelles de la paroisse, mais aussi les ragots !

Nombre d’hommes redoutent l’agitation des langues bien pendues qui se déploie durant les journées de lessive :

« La lessive est rincée, tordue, battue au lavoir où les langues sont aussi vives que les battoirs ; c’est là que siège le tribunal de la justice féminine, assez peu indulgent pour les hommes. Savonnés de haut en bas, resavonnés et rincés, ils y passent de bien mauvais moments … »

A.Bouët, O.Perrin, 1977