La mairie

La mairie appartient à notre paysage quotidien.

Elle accueille les moments forts d’une existence (enregistrement d’une naissance, mariage) et de la vie de la commune (élections…).  Elle est aussi le lieu par excellence d'expression citoyenne, le témoin de l’histoire politique.

C’est la IIIe République qui, par la loi sur l’organisation municipale de 1884, impose sa présence dans chaque commune.

Le maire

Gérer la commune, organiser et présider les cérémonies officielles, diriger les réunions du conseil municipal, rendre compte au préfet, entre autres choses, des arrêtés signés par ce même conseil…

Le métier de maire n’est pas de tout repos. Il l’est d’autant moins dans les villages que l’édile n’a souvent qu’un seul assistant : le secrétaire de mairie. Le maire est agent de l’Etat. A ce titre, il est chargé de tenir le registre de l’état civil, tâche qui incombait au curé jusqu’à la Révolution ; il doit procéder tous les cinq ans au recensement de sa commune, recenser et mobiliser les soldats, et, surtout, délivrer les certificats de naissance, de mariage, de décès, sans oublier de communiquer ces informations aux autorités. En tant qu’administrateur, il doit entretenir les biens communaux et réaliser, dans les limites du budget municipal, les travaux immobiliers et de voirie qu’il juge nécessaires. La loi municipale de 1884 indique que le maire est en outre chargé de la police municipale et rurale et de l’exécution des actes de l’autorité supérieure qui y sont relatifs.

Le secrétaire de mairie

Le manque d’instruction, voire l’analphabétisme, de la population et des élus se maintient durant une grande partie du XIXe siècle. Cette situation explique en partie l’importance qu’a prise la figure du secrétaire de mairie, qui est souvent l’instituteur du village. Il a longtemps dû pallier le manque d’instruction des élus.

Il se retrouve fréquemment dans une situation difficile. En cas de « guerre politique », il est soupçonné de favoriser un camp plutôt qu’un autre. Ainsi, à Locarn, en 1938, monsieur Simon, secrétaire de mairie, ancien second maître timonier avec pension, souhaite se retirer mais veut faire nommer son fils de 17 ans à sa place. Dans une lettre de l'adjoint au maire au secrétaire général de la Préfecture, il est décrit comme «très peu intéressant d'ailleurs tant au point de son travail que soutien du parti», quant à sa femme, commerçante, elle travaille «de tout son cœur pour la droite. »

Les élections

La IIIe République a fait le choix de la généralisation du suffrage universel masculin pour les élections municipales, cantonales et législatives. La mairie devient le lieu par excellence de la pratique démocratique, parce qu’elle est le lieu du vote.

Pour ce faire, une liste électorale est établie. La liste d’émargement permet de contrôler le nombre des suffrages. L’isoloir vint pour assurer le secret du vote avant le dépôt du bulletin dans l’urne.

La liberté de la presse et la liberté de réunion (1881) permettent le débat démocratique. Le déroulement du vote sur deux jours est supprimé et le maire n’a plus la garde de l’urne pendant la nuit !

Le déroulement des élections est agité, les débats sont vifs et les résultats souvent sujets de contestation entre républicains et conservateurs.

Ainsi à Locarn lors des élections de mai 1908 :

« – Le sieur de La Villemarqué a menacé le sieur [Bizec] (Guillaume) de ne pas lui relouer sa ferme de [Stangalen] s'il continuait à être candidat sur la liste radicale.

– des faits de pression ont été commis, des électeurs ont été conduits au vote par les partisans de la liste libérale. […]

– La femme d'un candidat libéral a défendu à un électeur pauvre de ramasser du bois dans sa propriété. […]

– Les adversaires des requérants ont arraché son bulletin à un électeur et l'ont forcé à voter pour eux.»

Le Conseil d'Etat, saisi, a rejeté la requête d'annulation des élections faute de preuves suffisantes..

L’aménagement du bourg

Sous la IIIe République, l’aménagement des bourgs et la salubrité deviennent le cheval de bataille des maires.

Les plans d’assainissement et les travaux d’adduction d’eau se généralisent, et l’on voit proliférer les arrêtés sanitaires.

Adduction d'eau

A partir de 1884, la gestion juridique du service public des eaux est confiée aux maires.

La plupart des communes vont instaurer une régie directe de l’eau, ne confiant aux compagnies que les réseaux d’adduction et se réservant la distribution.

Le pas décisif est franchi avec la loi de 1902 sur l’assainissement communal qui oblige les maires à édicter un règlement sanitaire et à développer les services publics liés à l’eau : fontaines et lavoirs publics, adduction…

La réalisation de ces adductions se fait lentement, cela s’explique par les moyens financiers nécessaires : la dispersion de l’habitat accroît le coût de raccordement par habitant.

Une enquête de 1939 sur la maison rurale en France note pour le département des Côtes-du-Nord :

« Les villes et quelques bourgs importants ont commencé à entreprendre des adductions d’eau. […] A part les grandes villes, chefs-lieux de département et d’arrondissement […], toutes les autres bourgades n’ont pas de système d’évacuation des eaux usées. »

La demande d’adduction d’eau se fait plus pressante après 1945. Ainsi c’est en 1963 qu’est créé le Syndicat Intercommunal des Eaux du Centre Bretagne regroupant les communes de Locarn, Glomel, Maël-Carhaix, Le Moustoir, Trébrivan et Treffrin. Ce n’est que dans les années 1970 que sera terminé le réseau d’adduction d'eau.

Electrification

Les syndicats d’électrification apparaissent dans les années 1920, leur objectif de départ est modeste : éclairer les rues principales et les bâtiments publics.

En Centre Bretagne, la construction de l’usine hydroélectrique de Guerlédan entraîne, entre 1924 et 1927, la constitution de différents syndicats intercommunaux chargés de l’électrification. A la fin de 1927, 129 localités bénéficient de l’électricité. Toutefois cela ne concerne que les bâtiments publics ainsi que les villages les plus proches des agglomérations. C’est après 1945 qu’EDF prend le relais des initiatives privées et lance un plan national d’électrification des campagnes. Ce plan s’achèvera dans les années 1960.

L’arrivée de l’électricité fut un grand «remue-ménage» : plantation des pylônes devant supporter les lignes électriques, des poteaux devant amener ces lignes vers les habitations, branchement des maisons, installations des prises et des lampes. Elle a facilité le travail : éclairage des crèches, moteur électrique pour le manège, l’écrèmeuse ou la baratte. C’est aussi l’occasion de transformer la maison, d’acheter un nouveau fer à repasser ou un poste de TSF : on écoute Per-Jakez Hélias en breton sur Radio-Quimerc’h, on suit avec passion le Tour de France. La fin de l’étape programme souvent le «quatre-heures» des adultes…

Le monument aux morts

Entre 1919 et 1939, la quasi-totalité des villages élève un monument pour honorer la mémoire des morts de la Première guerre mondiale, l’essentiel des constructions étant réalisé dans les années 1920.

Le monument se dresse généralement sur la place du village, plus rarement dans le cimetière. La loi du 25 octobre 1919, « Commémoration et glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre », permet à l’Etat d’accorder une subvention à chaque commune : le montant de la subvention accordée se base sur un coefficient calculé en divisant le nombre de morts par le nombre d'habitants en 1914. La commune de Locarn perdit 88 hommes durant la Première guerre. Son monument aux morts fut terminé et mis en place en octobre 1920, il a été réalisé par Pierre Le Clech, marbrier à Carhaix. La commune a prévu un crédit de 3000 francs pour sa construction, l’Etat lui accorde 600 francs de subvention. Le monument lui a coûté 1963 francs 20, les 1047 lettres gravées et dorées 628 francs 20, leur pose et transfert 408 francs, soit au total 2 999 francs 40 (AD 22, 2 O 128 (1)).

Par la loi du 24 octobre 1922, le 11 novembre, jour de la signature de l’armistice, devient fête nationale.

La mairie de village n’a que 100 ans

Ce nouveau « temple de la laïcité » devient un lieu de pouvoir mais aussi un bâtiment chargé de symboles : une devise, « Liberté, Egalité, Fraternité », le buste de Marianne, image de la liberté et du peuple …

Après la Révolution, la mairie s’est incarnée dans la seule personne du maire. Il n’existe pas dans la première moitié du XIXe siècle de bâtiment officiel, malgré la circulaire de 1837 obligeant les municipalités à entretenir leur maison commune lorsqu’elles en possèdent une.

La loi de 1884 fait définitivement du maire l’élu du conseil municipal et lui commande de travailler dans une mairie spécialement affectée à cet emploi. Cette généralisation de la mairie s’accomplit d’autant plus aisément que les lois Ferry sur l’Instruction publique (1881-1882) incitent chaque commune à bâtir une école. Le modèle «mairie - école», image de la filiation entre la République et l’Ecole, est ainsi adopté par une forte majorité de villages