La place du bourg

La place du bourg, c’est le cœur du village.

C’est sur son pourtour que se trouvent les commerces, mais aussi mairie, école, église…

On s’y retrouve, on y écoute et commente les nouvelles, on y danse lors des mariages ou pour les bals, la fête foraine s’y installe lors du pardon…

Elle est incontournable !

Le rythme du tambour

Après la messe dominicale, « la coutume sacrée veut ensuite que chacun se recueille sur la tombe des ancêtres puis que l’on écoute le tambour. Le tambour, c’est le garde-champêtre, à qui l’on a confié cette peau d’âne tendue depuis Napoléon, et qu’il fait résonner pour annoncer qu’il va parler. Les assises du tambour avaient été déplacées à diverses reprises. Présentement il avait coutume de parler, juché sur le muretin qui entoure l’église, face au débit du bourrelier, ce qui permettait de boire en écoutant, et d’écouter en buvant.Le rythme musical du tambour était invariablement le même. Un coup de la gauche, deux de la droite. Ce qui donnait des mesures de valse lente fort appréciées des campagnards.

Quand la valse était terminée, le tambour levait une jambe comme un balancier, crachait par terre, enlevait sa chique et replaçait les baguettes en leur étui de cuivre jaune.»

F.Dantec, 1955

Le garde champêtre-Crieur public

Au début du XXe siècle, le garde-champêtre fait entièrement partie du paysage rural, bien que toujours homme à tout faire, par souci d'économie, dans bien des petites communes qui ont peu de moyens financiers.

Il devient un personnage incontournable dans la vie du village. La Loi du 30 avril 1790 introduit une surveillance des campagnes par des gardes communaux. Ce sont les lois du 23 septembre et du 6 octobre 1791, qui définissent la police rurale dans le cadre de l'élaboration du code rural, et qui instaurent le corps des gardes champêtres. Mais c'est la loi du 8 juillet 1795 qui définit le statut du garde-champêtre, le rendant obligatoire dans toutes les communes rurales de France et établissant des critères de recrutement précis. Les gardes champêtres doivent avoir au moins 25 ans, savoir lire et écrire, avoir une bonne condition physique, faire partie des vétérans nationaux ou des anciens militaires pensionnés ou munis de congés pour blessures. Ils sont choisis par les maires qui soumettent leur choix au conseil municipal et en donne avis au sous-préfet de leur arrondissement. Il a pour mission d'annoncer à la cantonade, au son d'un tambour ou de tout autre instrument (sonnette, poêle), règlements, publications officielles, ou tout autre message intéressant la vie des communautés. Quand les populations purent accéder plus facilement à l'instruction, les avis furent affichés et non plus criés (Loi communale de 1887). Mais cette évolution fut progressive et le crieur public survécut dans certaines de nos campagnes jusqu'il y a quelques décennies. Depuis 1958, le garde champêtre n'est plus obligatoire dans les communes rurales, ce qui va entraîner leur disparition.

Le garde-champêtre fait aussi office de crieur public.

Les foires et marchés

On sait l'importance qu'ils ont conservé en Bretagne.

  • « Ils permettent certes d'écouler les produits agricoles (de la culture et de l'élevage), d'acquérir l'utile et parfois l'agréable, mais ils sont aussi une occasion de sortir, de voir, de parler, de faire provision de souvenirs pour plusieurs semaines ou mois de solitude.
  • les marchés : les cultivateurs de Bulat fréquentent chaque semaine deux marchés : le mercredi celui de Callac, à 12 km ; le samedi celui de Guingamp à 22 km. Le marché de Callac est de beaucoup le plus suivi. Ils se rendent à Guingamp par autocars ou par le train, à Callac par autocars, à pied, ou en voiture à cheval. A Callac, le commerce est surtout agricole et les hommes y vont nombreux (50 à 100 à chaque marché) : c'est le principal débouché de Bulat. A Guingamp, le marché n'est vraiment fréquenté que depuis l'organisation du service de transports par autocars : c'est plus un marché d'achat que de vente ; réservé aux femmes, il est une occasion de faire des emplettes dans les magasins.
  • les foires : les foires de la région présentent 3 caractères : elles sont d'abord des marchés de bestiaux; elles sont aussi de grands marchés où s'échangent tous produits d'usage courant ; elles sont enfin des fêtes religieuses : pardons ou grandes fêtes de l'année.»

L.Fournier, 1934

Loisirs et fêtes

Jusqu’au milieu du XXe siècle, la fête est indissociable du travail. C’est très souvent à la fin des journées de travaux en commun que se déroulent fête de l’aire neuve, festoù-noz après les récoltes de betteraves ou de pommes de terre…

Mariage et pardon sont les autres occasions principales de réjouissance. La danse est le divertissement le plus prisé : la danse est un exercice que le paysan armoricain aime avec passion, avec fureur. Ni la longueur du chemin, ni les chaleurs les plus dévorantes de l’été ne sont à ses yeux un obstacle, dès qu’il s’agit d’aller danser. »

Le bal, "grand marché de l'amour"

Les jeunes gens ne trouvent pas d'amusements au bourg. Les bals y sont en principe prohibés (on en compte 4 ou 5 par an : au pardon, à la fête des conscrits principalement). Aussi garçons et filles gagnent en bicyclette les bourgs voisins, heureux de faire la route, de s'arrêter à quelque débit, de danser aux sons de l'accordéon, du piano mécanique ou du "jazz". (Il n'existe pas de joueur de biniou, de bombarde dans la région de Bulat.) Ils fréquentent les pardons et "bouquets" (sortes de fêtes paroissiales et patronales) à 5 ou 6 lieues à la ronde. »

(L.Fournier, 1934)

La bascule

Elle sert à peser les récoltes, le bois, le bétail. A partir du XIXe siècle, le service des Poids et Mesures effectue un contrôle tous les ans. La bascule est disposée sur une plate-forme.

La foire de Carhaix en 1884

« Six routes convergent vers Carhaix, et sur ces routes, à travers la campagne, arrive un matin d'été un flot de chevaux, de bêtes à cornes, de cochons et de gens. C'est le jour de la foire aux bestiaux, un jour de rencontres et d'échanges pour toute la campagne environnante ; un jour de plaisir, de marchandage, et de cruautés envers les animaux que l'on pourrait difficilement trouver nulle part ailleurs ; c'est le jour et l'endroit pour voir les fermiers et les marchands de bestiaux bretons, pour étudier les costumes et les manières des paysans de certaines des régions les plus primitives de la Bretagne.

Il n'est encore que quatre heures du matin, mais déjà le bruit des cris (dans de forts accents bretons qui, pour un Anglais, ressemblent à un perpétuel écho des collines du Pays de Galles), le meuglement du bétail, les cris stridents des cochons, et le bruit sourd des sabots résonnent sur les chemins. Dans la campagne qui s'élève juste à l'extérieur de Carhaix, sur la route de l'Ouest, nous pouvons les voir au milieu d'une allée d'arbres approcher à travers la campagne dans un défilé étroit, comme le train d'intendance d'une armée en marche ; les hommes mènent le bétail, les femmes à cheval ou à pied, chargées des provisions ; et d'autres en habits du dimanche, arrivant en char à banc. […]

Suivons-les, plus tard dans la journée, jusqu'à une large place où se tient la foire, et où il y a des tableaux et des sons magnifiques ; sous les arbres, une foule d'hommes et de femmes, dans la poussière et la chaleur, des chevaux, des bestiaux, et des cochons, en mouvement perpétuel, avec beaucoup de cris et de consommation de boissons dans les kiosques qui bordent l'un des côtés de l'enclos. Il y a énormément de chevaux à vendre qui ne trouvent pas d'acheteurs, bien que les agents du gouvernement soient venus des haras voisins de Callac, et qu'il y ait des marchands de chevaux d'un peu partout. Le marché aux bestiaux est surpeuplé, et les petites vaches noires et blanches, résultat d'un croisement entre les races Alderney et Bretonne, sont données pour des sommes très minimes à des acheteurs peu empressés. Le marché aux cochons est plus actif, car chaque paysan breton aime avoir un cochon, et les bruits qui viennent de cette partie de la place sont assourdissants.»

Blackburn H., Caldecott R., 1994 (1884)

Un accord à la foire

Pour la troisième fois, le marchand fit le tour de l'animal.
-  Pas de rabais ?
-  Non !
-  Rabats cent francs !
-  J'ai dit douze cents.
Le marchand hocha la tête et fit semblant de s'éloigner.
-  Onze cents ! fit-il en se retournant.
-  Cent de plus !
-  Tu rabattras… Onze cent et demi ?
-  Il y a à manger pour lui à la maison.
Le marchand passa la main sur le dos de l'animal à rebrousse-poils.
-  Fais-le courir une trentaine de pas ! dit-il.
Le poulain courait bien droit.
-  Tu tiens à ton prix ?
-  Oui.
-  Il est assez cher. Je suis pressé. Tope !
La paume de leur main droite claquèrent l'une contre l'autre, deux fois.
Le marché était conclu.
-  Attache la bête, là, au pignon de la maison, et allons boire un verre, et régler nos comptes.
Yann regardait les billets apparaître devant ses yeux, dépliés un à un. Quand il eut compté : douze, il se sentit la poitrine allégée.
Il aurait donné sa bête pour mille francs. »

J.RIOU, 1991, "Un coup de vent", L'herbe à la Vierge