L'ardoisière

Les premières traces d'exploitation de l'ardoise remontent au XIVe siècle dans la région de Châteaulin. Mais c'est à partir du XVIIIe siècle que les ardoisières se développent vraiment. Au XIXe siècle, le percement du canal de Nantes à Brest, terminé à la fin des années 1820, a permis à de nombreuses ardoisières d'ouvrir tout au long de son parcours. L'activité ardoisière se déplace d'Ouest en Est.
Avec le développement du réseau ferré, puis de la route, l’extraction se développe dans les montagnes Noires (région de Gourin) et à l’est du bassin de Châteaulin (région Motreff - Carhaix).
Au début des années 1930, une dizaine d'ardoisières sont en activité, près de 500 ouvriers y produisent 8 300 tonnes d’ardoises.

Les conditions de vie des ouvriers

Les fendeurs

Le fendeur est l’ouvrier qui transforme les blocs de schiste en ardoises. Il commence par débiter un bloc en morceaux plus maniables qu'il va ensuite querner afin d’obtenir des repartons.
Il utilise une scie, des coins de fer et un maillet, pour tailler les blocs aux dimensions de l’ardoise finie. Le fendeur procède à la fente après avoir pris le soin de protéger les repartons en les rentrant dans la cabane et en les arrosant régulièrement, afin qu’ils restent faciles à tailler.

Il obtient, grâce à son coup d’oeil, des ardoises d’égale épaisseur en frappant avec un maillet sur un ciseau graissé. Des cabanes souvent construites entièrement en schiste ardoisier leur servent d'abris pour la fente. Cette opération leur permet d'ouvrir le schiste telles les pages d'un livre.
La forme définitive de l'ardoise est obtenue en taillant les côtés à l’aide d’un massicot. Les fendeurs sont payés à la tâche, c'est-à-dire au nombre d'ardoises qu'ils débitent dans la semaine ou le mois. Un bon fendeur peut tailler 600 ardoises en une journée.

Dans les années 1930, trois catégories d’ardoises sont fixées : l’ardoise fine est employée pour les maisons, la semi-rustique est principalement destinées à l’exportation vers la Hollande, la rustique, plus épaisse est essentiellement utilisée pour les toitures des monuments historiques.
A l’intérieur de ces 3 catégories, il existe différents modèles :
le grand modèle de 32,4cm sur 22,2cm,
la cartelette n°2 de 21,6cm sur 12,2 cm
ou encore le modèle carré de 25,4cm de côté…
De plus les ardoisières produisent des modèles anglais ou tout autre type de format sur demande. Mais alors que les utilisations des ardoises d’Anjou sont très diverses (carrelage, pierres tombales, cuves pour les industries chimiques…), celles produites en Basse Bretagne sont uniquement destinées à la couverture des maisons et monuments.
Cette trop grande spécialisation explique en partie la fermeture de bon nombre d’ardoisières centre-bretonnes.

Les ouvriers-paysans

Lors d’une visite de l’ardoisière de Parc-ar-Pont en Gouézec, en août 1926, un ingénieur des Mines note : « la presque totalité du personnel venait de s’octroyer conformément à la coutume locale, un mois d’absence pour les moissons et autres travaux agricoles. »
Les ouvriers ardoisiers ne sont donc pas coupés du monde agricole, ils possèdent souvent un peu de terre et quelques bêtes. Ce qui leur permet d’envisager sans trop de craintes les périodes de vache maigre dans les ardoisières.

Les ouvriers au travail

Des conditions de travail difficiles

Descendre au fond, entrer dans un monde d’obscurité et de bruit : voilà le quotidien des mineurs. L’objectif du fond est de fournir suffisamment de matière aux fendeurs. Suivant les périodes, l’importance des commandes, l’organisation du travail du fond a donc évolué.
Dans les premiers temps de l’extraction souterraine, les conditions de travail des mineurs étaient très dures : ainsi à Saint-Gelven, en 1870 :
« A une profondeur d’environ 15m, on rencontre une première chambre où les ouvriers en faisant la chaîne se font passer de main en main et versent chaque jour les eaux qui arrivent dans la chambre située à un étage inférieur. C’est le long de cet escalier que les ouvriers montent à la file la pierre à fendre au jour, en tenant chacun à la main une mince chandelle de résine, qui produit plus de fumée noire et puante que de lumière […]. Malgré toute l’habitude que les carriers ont dû acquérir pour éviter de tomber en montant ou en descendant dans l’excavation, il n’en est pas moins vrai que le montage de la pierre à dos d’homme n’est point sans danger avec un éclairage si défectueux. » (AD22, supplément S247, le garde-mines Cadieu, 8 juin 1870)
L’arrivée de la machine à vapeur et de l’électricité va améliorer les conditions de travail, en particulier d’éclairage.

Les dangers du métier

Face aux accidents, les mineurs sont particulièrement exposés, en effet les éboulements et les chutes de bloc ponctuent l’histoire des exploitations.
Les ingénieurs des Mines bataillèrent longtemps pour imposer des règles de sécurité. Un des accidents les plus meurtriers eut lieu le 10 février 1911 sur l’ardoisière de Guernanic en Gourin, il fit 6 morts.
« L’accident eut lieu la nuit, à 2 heures du matin alors que depuis 8 heures de travail aucun éclairage ne permettait à qui que ce soit d’examiner la paroi et d’apercevoir des symptômes de dislocation qui se sont certainement manifestés avant l’accident.
Les chutes se sont faites successivement à plusieurs reprises, si bien que 2 ouvriers ont pu se mettre à l’abri.
Les autres auraient été mieux en état d’en faire autant s’ils avaient travaillé à la lumière du jour et s’ils n’avaient pas été soumis à un excès de fatigue, qui au bout de 20 heures de présence au chantier les rendait évidemment moins capables de pourvoir à leur sécurité individuelle. » (Archives de la DRIRE, L’ingénieur en chef au procureur de la République, 1911).
Le patron carrier fut condamné à un mois de prison par arrêt de la cour de Rennes pour homicides et blessures par imprudence, à une amende de 782 francs et au versement des rentes légales pour 34 veuves et orphelins.
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Le site et son organisation

Sur l’ardoisière du Bois de Mezle, l’exploitation a commencé à ciel ouvert en 1895. Ce mode d’exploitation est le plus largement répandu dans les ardoisières centre-bretonnes. &leTexte=Toutefois dans certaines ardoisières, comme celles de Moulin-Lande et du Bois de Mezle dans un deuxième temps, l'extraction est souterraine. Dans les ardoisières souterraines, le schiste exploitable est atteint par un puits de mine. Les puits ont atteint jusqu’à 180 mètres de profondeur. Des galeries mènent aux chambres d'exploitation où les blocs de schistes de schiste sont débités, acheminés vers le puits principal, puis remontés grâce à un chevalement. Le fonçage du puits est le premier travail. Cette étape, coûteuse et improductive, est indispensable.

Les puits

L’exploitation peut se faire selon deux méthodes :

L'exploitation en descendant :

  • Par cette méthode, les ouvriers creusent le schiste par tranches successives de 3 à 4 mètres, abattant la matière sous leurs pieds dans des chambres qui se creusent de plus en plus. Lorsque le schiste est atteint, une galerie est créée dans le sens de la veine, puis une chambre de 30 à 40 mètres de long est ouverte. Les mineurs creusent une tranchée, ou foncée, de 1 m de large sur 3,33 m de profondeur, à partir de laquelle ils réalisent l’abattage du gradin (blocs de schiste).

L'exploitation en remontant :

  • Le travail de départ est le même que pour l’exploitation en descendant. Un puits et une chambre sont creusés. Cependant le puits est beaucoup plus profond car la masse exploitable doit être importante. Les ouvriers travaillent sur des ponts suspendus. Ils réalisent tout d’abord une tranchée verticale (la foncée) puis, à partir de cette dernière, ils préparent l’abattage du gradin à l’explosif. Les blocs obtenus sont débités dans le fond de la carrière en blocs plus petits avant d’être remontés en surface.

La centrale hydroélectrique

L’ardoisière de Bois de Mezle dispose d’une centrale hydroélectrique. En suivant la matière, les ouvriers sont arrivés sur la nappe d'eau vers 20 mètres de fond. Il a alors fallu pomper l'eau pour pouvoir aller plus profond. La carrière est une grosse consommatrice d'énergie. Au début, une pompe mécanique, actionnée par le moulin a été utilisée. Puis la mise en place d'une turbine a permis l'alimentation en électricité. Pour cela, une partie de l'eau de la rivière a été détournée et a alimenté le moulin. Grâce à un système d'engrenages encore visibles, la chute d'eau faisait tourner la roue à courroie puis la turbine qui était située dans un cabanon jouxtant le bâtiment principal. L'électricité sert à éclairer les galeries dans le fond et à actionner le treuil permettant la remontée des blocs de schiste. L'entrée de la mine est située juste au-dessus, dans la colline. Comme les galeries et les chambres d'exploitation descendent sous le niveau de la rivière, l'eau est constamment pompée pour éviter l'inondation. L'énergie nécessaire au pompage est aussi fournie par la centrale.

Le carreau

Il y a du monde à travailler sur le carreau de la mine, on y trouve le forgeron, le contremaître, les transporteurs et les fendeurs. On trouvait 25 fendeurs au Bois de Mezle, parmi eux il y a les "mousses", ou apprentis, qui apprennent le métier à partir de 14 ans. Pas très loin du carreau, on trouvait souvent la cantine. Cette dernière surnommée aussi la "caserne", est une sorte de pension de famille, tenue par la femme du contremaître, qui accueille les ouvriers habitant trop loin pour rentrer chez eux tous les soirs. Une dizaine d'ouvriers y dorment. Le soir, les ouvriers des ardoisières les plus proches se retrouvent dans les cafés de Locarn. La cantine témoigne de l'importance du lien social que représente la carrière. En plus de l’impact économique sur la région, l'apport de population ouvrière a amené une diversité culturelle et sociale. Elle se distingue notamment par ses tendances politiques et un mouvement syndical important. Le syndicat ouvrier (CGT) de Maël-Carhaix est le plus ancien de Basse Bretagne, il date de 1920. Cette organisation de défense des intérêts des salariés a permis l’acquisition de droits comme la retraite et la protection accidents dès sa création.