La ferme

Deux formes d'habitat dominent : le village et, éparpillement facilité par l’omniprésence de l’eau, les fermes dispersées.

Chaque village appartient à un groupe de villages, le quartier, où se jouent les rapports d’alliance, entraide… Les relations entre familles sont beaucoup plus que de simple voisinage : chacun a accès à la vie de tous.

Tout lie les individus, l’enfance passée en commun, les exigences d’un travail qui met constamment les uns dans la dépendance des autres…

Les utilisations de l’ajonc à Bulat-Pestivien

« Fort apprécié, indispensable même à la nourriture des chevaux, l'ajonc fourrager remplace la luzerne et, partiellement l'avoine. Il prend une place importante dans la culture et une exploitation sans champs d'ajonc trouve difficilement preneur. Il est considéré, en outre, comme une plante nettoyante et reposante.
On sème, sur avoine ou blé noir, "l'ajonc marin" récolté sur les talus du Trégorrois et vendu dans les foires et au Syndicat (prix du kilo : 30 à 40 fr.). Le gel, la trop grande humidité retardent, empêchent même la croissance. On coupe l'ajonc une première fois à 2 ou 3 ans, puis tous les deux ans. Après chaque coupe, le sol est rasé, ratelé, débarrassé. L'insuffisance de soins de nettoyage facilite l'invasion de fougères qui "mangent le récolte" et le champ devient une lande. En principe, on laisse l'ajonc 9 à 10 ans, jusqu'à la destruction de toutes les mauvaises herbes. La trop grande durée de la plantation (15 ans) non seulement aboutit à l'improductivité, mais va à l'encontre d'un des buts visés, le nettoyage.

La récolte peut être vendue sur pied (1 800fr. l'hectare, en bon ajonc) aux cultivateurs dépourvus.» Louis Fournier, 1934

L’aire à battre et fest al leur nevez

La réfection de l’aire à battre donne lieu à la fête agricole la plus appréciée : fest al leur nevez.

« Sa saison court de mai aux premiers battages. La confection de l’aire à battre se fait en deux temps : dans une première étape, il faut défoncer l’ancienne aire, apporter de la terre fraîche et de l’eau pour composer une nouvelle couche homogène de mortier. Dans un second temps, quelques semaines plus tard, on s’emploie à la bien tasser […]. »

J.F.Simon, 1988

La cheminée

La cheminée occupe une place importante au «haut-bout» de la maison. Le rôle essentiel qu’elle y joue explique le soin porté à sa présentation : plus qu’un simple élément de maçonnerie, elle devient, comme le souligne P.-J.Hélias, une « sorte de meuble d’apparat. Les grandes dimensions de la cheminée permettent que deux sièges y soient installés en permanence, de part et d’autre du foyer. D’un côté, il s’agit d’un quelconque tabouret ou d’une simple planche montée sur des pieds d’inégale hauteur, les uns reposant sur l’aire de la maison, les autres, plus courts, prenant appui sur la pierre du foyer. […]
De l’autre côté du foyer, le fameux « fauteuil» en bois du grand-père est un siège plus élaboré : ar gador, la « chaise » telle que la désigne les inventaires après décès. […]

Dans tous les cas un rideau est fixé au manteau de la cheminée. C’est un ornement qui paraît s’être imposé dans le courant du XIXe siècle […]
. Ce rideau mesure le plus souvent une trentaine de centimètres de hauteur : il est tantôt d’une seule pièce et rigoureusement tendu, tantôt composé de deux éléments et abondamment froncé. […]
Qu’ils soient en tissu et soigneusement brodés ou en toile cirée, les rideaux ont toujours des couleurs vives qui contrastent avec le noir ambiant aux environs du foyer. Leur rôle est d’ailleurs de capter la lumière pour égayer ce coin de maison. […]

Une étagère (stall an oaled) est placée au niveau inférieur du manteau de cheminée : elle y est directement fixée lorsque ce dernier est en bois, et suspendue à une poutre dans le cas contraire. Sur la planche s’alignent des objets à la fois utilitaires et décoratifs. Un objet religieux est au centre de l’alignement : une statuette de la Vierge, en plâtre peint ou en faïence, ou encore un crucifix sur pied, celui-là même qui sert à l’occasion des Pâques des malades et des veillées mortuaires. De part et d’autre, on trouve des pots à épices de différentes tailles : leur introduction est relativement récente et ils sont souvent en place aujourd’hui encore. Viennent s’y ajouter un ou deux bougeoirs au cuivre étincelant, une lampe à pétrole. La cafetière et le moulin à café trônent chacun à une extrémité de l’étagère. Des souvenirs de voyages, de pèlerinages sont intercalés, au gré des circonstances… Le tout est soigneusement présenté et participe à la parure du logis.

J.-F.Simon, 1988

La fauche des landes

« Les landes ne sont pas hors de l'exploitation du sol, telle que le Bas-Breton la comprend, elles sont plutôt à la base même de cette exploitation. » Camille Vallaux en 1906 « C'est un usage général et qui remonte à des temps déjà anciens, car il n'y a rien de moderne en Bretagne, de conduire dès l'aube du jour, pendant toute la durée de la belle saison, les moutons, les bœufs, les vaches, les chevaux, sur les landes, et de les y laisser, le plus souvent sans gardiens, paître jusqu'au soir, l'herbe courte et rare qui végète à leur surface ; puis, quand l'hiver vient les priver de ce maigre aliment, de le remplacer par les ajoncs épineux dont le sol des landes est couvert.

Les sommités de ces plantes coupées en vert et broyées sous de lourds pilons, deviennent alors la nourriture des animaux domestiques : du reste, elle paraît convenir à tous, principalement aux chevaux dont elle augmente l'embonpoint. Enfin, les tiges dures et ligneuses de ces mêmes ajoncs, desséchées et mises en réserve, échauffent pendant l'hiver le foyer du cultivateur. Il n'est pas jusqu'au maigre gazon de ces terres incultes qui, enlevé et coupé par morceaux auxquels on met le feu, ne donne une cendre qui teint lieu d'engrais.»

VILLERME, BENOISTON DE CHATEAUNEUF, 1982

Les changements de l'après-guerre

Le règne du formica

L’organisation de la pièce à vivre se modifie profondément au cours du XXe siècle. Entre 1914 et 1940, les lits clos disparaissent ; dans les années 1920, la cuisinière apparaît et dans la décennie qui suit, la terre battue est cimentée puis carrelée.

Enfin dans les années 1950 et 1960, l’équipement ménager est complété par le réfrigérateur puis le congélateur et l’eau courante est installée.

Le remembrement

Après guerre, l’industrialisation de l’agriculture se traduit par une mécanisation et une motorisation accélérée. Le bocage est alors apparu comme un frein au développement, voire un archaïsme. Durant les années 1960, les exploitations se restructurent dans le but d’établir un maillage permettant l’utilisation des nouvelles machines agricoles. La petite exploitation (10-15 ha) cède la place aux exploitations de taille moyenne (50 ha). Ce remembrement a pu se faire dans le cadre d’opérations d’échange à l’amiable entre agriculteurs ou dans le cadre d’opérations organisées. Dans ce cas, sa mise en place a souvent donné lieu à des manifestations, comme ici à Plonévez-du-Faou.

J.F.Simon, 1988, Tiez. Le paysan breton et sa maison.

L’organisation intérieure

La maison d'habitation n'a pas de cave. Les combles servent de grenier ; s'il le faut, on y place un lit. Une pièce unique, souvent aménagée au niveau du sol, ou légèrement creusée (il y a un ou deux marches à descendre) sert à tout.

«Dans les fermes de type rudimentaire, une partie est quelquefois réservée aux bêtes : une cloison de planches, de mi-hauteur, peut séparer bêtes et gens (4 en Bulat). On peut observer que dans les maisons où bêtes et gens ne cohabitent pas – et c'est la généralité – la cloison reste. La partie correspondant au logis des animaux devient une sorte d'entrée – corridor : au fond se trouve soit une porte, soit un escalier permettant d'accéder aux combles ou à l'étage s'il en existe un ; la cloison conservée sert de protection contre l'air, le froid du dehors, la porte d'entrée restant le plus souvent ouverte.

La pièce unique, au sol de terre battue, tient lieu de cuisine (on y prépare la nourriture des hommes et des animaux), de salle à manger, de chambre à coucher, de cellier, de laiterie, de cave. On y pend au plafond les provisions, les vêtements, les harnais, les petits outils agricoles, les bicyclettes s'il y en a. C'est un logis universel.»

Louis Fournier, 1934

Les landes

Les landes sont une nécessité pour l'équilibre du système agricole.

Elles fournissent l'ajonc pour les chevaux et permettent de tenir l'hiver sans grande réserve de fourrage. Elles minimisent les dépenses liées à la litière et aux engrais et après écobuage apportent un complément en grains (culture du seigle ou du sarrasin). Le poids de ces terres "non cultivées" dans l'agriculture traditionnelle a souvent été mésestimé, pourtant il est très réel notamment dans les usages pastoraux. Beaucoup de voyageurs du XIXe siècle n'ont vu dans les landes qu'un paysage désolé et un espace improductif.

Les dépendances principales

Un certain nombre de bâtiments agricoles à usages spécifiques viennent d’ordinaire compléter la maison d’habitation. Une écurie (masosi), une étable (kraou-saout), une soue (kraou-moc’h) servent à loger les animaux.

Différentes constructions permettent en outre d’abriter le matériel agricole ou les récoltes. Le hangar ou karr-di sert, comme son nom l’indique, à garer la charrette. Il est partiellement installé sur des piliers en bois ou en pierre, de manière à ménager un courant d’air qui favorise le bon séchage des véhicules constamment soumis à l’épreuve de la boue des chemins. La grange, construction entièrement réalisée en maçonnerie et dûment close par des portes cochères, porte la même dénomination : karr-di mais encore kaludi ou grañj selon les lieux. Parfois sa fonction est précisée : karr-di-leur quand elle sert à abriter les grains sur l’aire à battre ou karr-di-poal, où l’on fait cuire la nourriture des bêtes. La grange est parfois surmontée d’un grenier ouvert par une porte en pignon : celle-ci est accessible par une simple échelle si la porte charretière se trouve dans le même pignon, ou par un escalier extérieur en pierre si la porte principale est placée en gouttereau.

L’existence d’une solide grange n’empêche pas la construction d’un abri sommaire, en matériau périssable : chaque exploitation possède au moins une telle loge (loch ou lonch) utilisée pour ranger les pommes de terre, le bois à feu, ou pour protéger le petit matériel.»

J.-F.Simon, 1988

Penn-ti, apoteis… les différents types de maisons

Pour l’implantation, « le maître mot est skoacha » dit Per-Jakez Hélias. La maison est habituellement orientée au sud, sud-est, pour bénéficier du meilleur ensoleillement possible, mais aussi pour assurer le bon tirage de la cheminée.

« La maison d’habitation se situe d’abord par rapport à d’autres locaux à usage d’habitation, qui sont révélés à l’observation par la présence de foyers, indispensables au développement d’une vie domestique.

Très souvent, la maison est indépendante, quelle que soit par ailleurs son allure qu’il s’agisse d’une simple loge d’habitation, d’une maison de plain-pied ou d’une maison à deux niveaux habitable.

La loge d’habitation est une construction sommaire, bâtie pour un temps limité et à peu de frais, souvent avec des matériaux périssables comme la terre et le bois. […]

La maison à rez-de-chaussée unique n’existe plus en tant que telle dans le paysage cornouaillais. Toutes les habitations de plain-pied comportent au moins un grenier, même si ce dernier n’a de volume utile que celui offert par les combles. […]
A ce type de construction appartient la maison à un seul « bout » et unique foyer, appelée penn-ti en Basse Cornouaille. A l’origine, ce terme a une signification juridique et désigne littéralement le « bout-de-maison » concédé à un grand domestique pour partie de ses gages.

A la notion de « demi-maison », on peut opposer celle de « maison complète » qui désignerait dans ce cas la maison à deux « bouts ». Celle-ci peut être partagée en deux pièces habitables si elle comporte un foyer à chaque extrémité. L’existence de deux cheminées au rez-de-chaussée ne signifie en aucune façon que deux familles doivent cohabiter sous le même toit : chaque foyer peut avoir une fonction spécifique visant à satisfaire des besoins différents d’un unique groupe familial. »

J.-F.Simon, 1988

Les matériaux de construction

« On a utilisé, pour bâtir, la roche extraite sur place ou à proximité immédiate. Le mur, dans les bâtisses anciennes, fait connaître le sous-sol. C'est pourquoi l'on voit, dans ce pays (Bulat-Pestivien) où le granit abonde, des maisons de pierre schisteuses et friables. Evidemment, le souci de l'économie ou la pauvreté peuvent expliquer une telle manière de faire ; mais, autrefois, le bail à convenant imposait la prise de matériaux sur le domaine même.

Les pierres sont liées au mortier à la chaux ou à l'argile mêlée de menue paille et de fiente. Les joints, quand ils existent, sont faits à la chaux, très rarement au ciment.

On n'a pratiqué, dans les plus anciennes constructions, que des ouvertures étroites et insuffisantes. Le toit est couvert d'ardoise ou de chaume. Les couvertures de chaume, de préférence réservées aux crèches, sont encore nombreuses.

Les dépendances de second ordre (abris divers, crèches des plus pauvres fermes) sont construites en terre et en fascines. On emploie, pour les couvrir, le genêt, la paille de sarrasin, la tôle ondulée depuis quelques années. On ne trouve que de rares constructions en briques ou métalliques.»

L.Fournier, 1934

Les néoruraux

A la fin des années 1960, on observe une vague d’installations dans le courant de 1968 et du «retour à la terre».

Dans les années 1970, les arrivants se divisent en deux groupes principaux. Le premier s’inscrit dans la mouvance du retour à la terre, s’installant en agriculture et rachetant maisons et terres. Le second, composé en majorité de jeunes (étudiants…) plus ou moins en rupture, n’est pas porté par cette aspiration ; l’arrivée s’est faite un peu par hasard, par le bouche à oreille : un ami qui parle d’un coin sympa, d’une maison accueillante :

« Les loyers n’étaient pas chers. On trouvait des petites baraques : il y avait la cheminée, une dalle de ciment et un point d’eau au mieux. Personne n’avait de salle de bains, il n’y avait pas d’eau chaude. […]
On n’était pas à la recherche d’un confort…»

Après un pic autour de 1975, ce mouvement stagne. Toutefois un courant se maintient tout au long des années 1980. Il semble même que le phénomène ait repris de l’ampleur depuis 1990. Selon le recensement de 1999, sur le Centre Ouest Bretagne, un tiers des nouveaux arrivants ont entre 25 et 39 ans, la moitié sont des femmes et 39 pour cent ont un emploi. Ces nouveaux venus sont pour moitié Bretons. On rencontre aussi une population plus jeune et en situation précaire (RMI, stages divers). L’usage résidentiel se développe très largement y compris les résidences secondaires. Enfin on ne peut parler des nouveaux venus sans évoquer la population britannique de plus en plus nombreuse. Le Centre Bretagne, notamment les régions du Huelgoat et du Faouët, est fréquenté par les Britanniques dès la fin du XIXe siècle. Ils y viennent pour les paysages et la pêche en particulier. Aujourd’hui, Huelgoat (2100 habitants) compte environ 100 foyers britanniques en résidence permanente.

Entrer dans la maison

« La porte ouverte, c’est la lumière qui pénètre dans la maison, c’est encore la manifestation de l’accueil fait au visiteur, mais aussi l’avertissement d’une présence dissuasive donné à un étranger mal intentionné.

La porte de la maison n’est verrouillée de l’extérieur que lorsque la famille toute entière s’en éloigne quelque peu. La chose est rare car, en principe, il y a toujours quelqu’un à la maison. […]
Le franchissement du seuil est un geste souvent répété, mais il n’est pas aussi banal qu’il y paraît. Certaines circonstances révèlent au contraire toute son importance. […]
Tout visiteur, même familier, ne peut accéder au domaine réservé de la famille sans observer certaines règles qui témoignent tout à la fois de ses bonnes intentions et de son savoir-vivre. En provoquant les aboiements du chien, il manifeste sa présence ; en passant au large de la fenêtre, il signale son identité. Il ne doit pas surprendre les gens chez eux. Il lui faut au contraire leur laisser le temps de réaliser éventuellement quelques arrangements, de mettre en vue ce qu’il leur paraît souhaitable de faire connaître ou de cacher rapidement ce qui doit rester ignoré. L’habitude de frapper avant d’entrer n’est pas ancienne. Les coups donnés à la porte ont été par le passé synonymes de malheur. Après avoir abandonné son bâton sur le pas de la porte, le visiteur manifeste oralement sa présence sur le seuil :
- Ne z’eus den ebet en ti ? N’y a-t-il personne à la maison ?
- Tu ’zo ? Y a-t-il des gens ?
Et sans même attendre une réponse à sa fausse interrogation, puisqu’il sait déjà à quoi s’en tenir, il s’engage à l’intérieur. Il lui arrive aussi de formuler des souhaits : Doue ho pennigo ! Que Dieu vous bénisse ! […] »

Le sol

Le sol de la maison est habituellement en terre battue. Sa confection est l’occasion d’une fête : fest leur an ti nevez ou fest leur-zi nevez s’il s’agit plus exactement d’une réfection.

« Dans un premier temps, un mortier de terre comparable à celui utilisé pour la construction des murs est étalé à l’intérieur de la maison : le pri-tousog est parfois mêlé de balle d’avoine. On le laisse sécher quelques jours. La fête véritable n’a lieu qu’au bout de ce laps de temps : tout le quartier se retrouve un soir pour danser sur la nouvelle aire. Des chanteurs sont invités qui reçoivent pour modeste salaire un paquet de tabac, par exemple. La jeunesse accourt. A Plounévézel, les jeunes filles sont personnellement conviées à la fête : sans une invitation en règle, elles n’auraient pas reçu l’autorisation paternelle de sortir la nuit ! Les pas des danseurs, « travailleurs bénévoles » et enthousiastes, donnent au sol de terre la consistance et l’homogénéité souhaitées. Pour parachever sa préparation, le patron saupoudre de la cendre de forge ou de locomotive. […]

Le sol de terre battue est parfois remplacé par un dallage en granit ou en schiste qui couvre le couloir, le « haut-bout » et même la totalité du rez-de-chaussée. Il est plus commun en pays granitique et au voisinage des ardoisières. Le dallage en ciment s’est répandu dans l’entre-deux-guerres : il a été vécu comme un progrès considérable. »

J.-F.Simon, 1988

Le toit

La couverture en ardoise s’est développée à partir du Second Empire.

« La chaumière est finalement devenue un signe extérieur de pauvreté. A ceci s’ajoute une certaine idée de confort, incompatible avec la couverture en chaume, où foisonnent souris, rats, araignées et autres parasites : la transformation est d’autant plus indispensable qu’il devient de plus en plus commun, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’aménager le deuxième niveau de l’habitation. […]
Le remplacement du chaume par des ardoises a d’abord été réalisé sur les maisons d’habitation. Le végétal a été plus longtemps utilisé pour couvrir les bâtiments d’exploitation et encore a-t-on surtout cherché à entretenir ce qui existait déjà ! »

C.Vallaux, 1906

Les tourbières

La tourbe sert principalement de combustible. L’extraction de la tourbe est une activité essentiellement familiale, destinée à couvrir les besoins en combustible de la ferme.

L’extraction a lieu en mai ou en juin suivant les conditions météorologiques. Elle se fait la plupart du temps en famille : le père découpant les mottes, la femme et les enfants les étalant pour le séchage. L’extraction de la tourbe est aussi une journée de fête car tous les villages environnants se retrouvent au marais. C’est l’occasion d’un repas de fête en plein air avec la famille, et souvent les voisins qui exploitent les lots mitoyens. Le marais permet aussi aux paysans des villages limitrophes de faire pâturer leurs bêtes, toujours sous la surveillance d’un enfant car les accidents ne sont pas rares : les bêtes tombent dans les fosses d’extraction et il est très difficile de les en sortir. On y récolte aussi de la litière qui est utilisée dans les étables. Au cours des années 1950 et 1960, ces pratiques disparaissent ainsi que l’extraction de la tourbe rendue inutile par l’arrivée du charbon et du gaz.

Devezioù braz (les grandes journées)

Moissons, battage, construction de talus… souvent les membres d’une seule ferme ne peuvent suffire à la tâche.

Dans ce cas, la maître de maison fait appel à l’entraide : habitants d’un même village ou d’un même quartier se regroupent dans une équipe de travail et effectuent ces « grandes journées » chez l’un puis chez l’autre. Les foins et les moissons réunissent en général 2 ou 3 fermes pour une exploitation de moins de 10 hectares ; le battage, quant à lui, regroupe 2 ou 3 villages. Lors de la fenaison, la campagne s’anime des appels, youadennoù, qui s’élèvent des prairies : les faucheurs s’interpellent à plusieurs kilomètres de distance.

Le vendredi est considéré comme un jour néfaste et on ne doit pas commencer la moisson ce jour-là. Il est aussi néfaste de couper les céréales sur la vieille lune. La moisson est un travail pénible et, une fois sa période finie, il n’est pas rare de croiser des paysans au physique émacié : sur Saint-Rivoal, ils sont décrits comme étant « maigres et noirs comme des chauve-souris » (treud ha mestal iskilli-krohenn).

« Naguère encore, dans une partie de la Haute Cornouaille (terroirs de Maël-carhaix, Carhaix, Plounévez-Quintin, Gourin, Plélauff), la jeunesse attendait avec impatience les récoltes de pomme de terre et betteraves. Elles duraient tout le mois de septembre, parfois davantage. La population masculine et féminine de plusieurs villages voisins formait une grande équipe qui travaillait pour chacun de ses membres à tour de rôle. Deux à trois fois par semaine on s’accordait une longue veillée de récréation, quelquefois une nuit entière. Des jeunes accourus d’autres villages, venaient accroître le nombre des veilleurs. »

J.-M.Guilcher, 1963

La veillée

La fonction sociale de la cheminée apparaît de toute évidence dans les formules utilisées pour accueillir le visiteur qui s’est annoncé sur le pas de la porte. Il est invité à s’approcher du foyer, à venir partager le feu.
- « Deus-ta’kichen tan ! Viens donc près du feu !
- Deus-ta, dana ta gorn-butun ! Viens donc allumer ta pipe !

Pendant la saison hivernale, au moment de la veillée (nozvez, filaj), la cheminée joue pleinement son rôle social. L’occasion est alors donnée aux hommes de reprendre le contrôle actif du feu que les femmes ont entretenu la journée : tandis que les premiers se regroupent autour du foyer et que l’un deux, le grand-père ou le père, se charge de conduire le feu, les secondes se tiennent davantage à l’écart. Aux membres de la famille se joignent parfois des voisins venus avec leur ouvrage, car chacun trouve à s’occuper : les hommes font des paniers en osier ou des ruches en paille, réparent des outils, taillent des cuillers, les femmes filent ou tricotent. […]

Chacun fait alors connaître les nouvelles entendues par lui au cours de la journée. A cette occasion se font également les lectures pieuses et les récits édifiants, toujours les mêmes mais sans cesse réactualisés pour conserver toute leur force évocatrice […]
Des histoires suivent, qui tournent toujours autour du thème de la mort et de l’autre monde : les annonces de mort, l’Ankou et sa charrette, les enterrements vus à l’avance, les revenants, les maisons hantées, le diable et ceux dont il multiplie la force et le savoir par la possession d’un « mauvais livre », appelé selon les lieux levr fizik ou ar vif… serrés sur le banc de la cheminée ou recroquevillés dans leur lit, les petits enfants écoutent avec effroi tous ces récits du pouvoir des uns et des visions des autres. A cette occasion se produisent enfin les conteurs et les chanteurs, quand l’assemblée en comporte dont le talent fait autorité. »

J.-F.Simon, 1988

Bocage

Le bocage

Le paysage de bocage est caractéristique de l’économie paysanne traditionnelle. Il lui a fallu plusieurs siècles pour se mettre en place. C’est au XIXe siècle que le bocage connaît son apogée.

On assiste à un embocagement massif qui contribue à modifier le paysage. Le bocage participait d'un système de rotation de longue durée, alternant cultures et jachère. L'espace agricole clos était cultivé intensivement et fertilisé par les « incultes » périphériques. Le système reposait donc sur la répartition terres chaudes - terres froides et sur leur complémentarité.

« Le paysan devait donc diviser ses champs de façon que certains soient en culture ou s'apprêtent à l'être, d'autres en pâtures ou genêtières ou ajonaies, etc. ou s'apprêtent à l'être. »

La mécanisation restera très limitée jusqu'à la fin du XIXe siècle (la charrue brabant, par exemple, ne devient d'usage courant qu'après 1900), la productivité du travail reste faible.

Le bocage sur Bulat-Pestivien

«Les parcelles de terre sont closes de talus, dits "fossés". Les subdivisions d'une même parcelle ont parfois – rarement – des clôtures en fil de fer. Les limites entre les prés sont marquées par d'étroites zones de broussailles, d'arbustes, avec ou sans solutions de continuité, ou par des monticules de terre séparés et également broussailleux, ou par des rigoles.

Les talus, modérément boisés en général (hêtres, chênes émondés, arbustes), nus ou couverts d'ajoncs à brûler sur les hauteurs, ont des dimensions variables. Près des chemins, ils atteignent jusqu'à 5 mètres d'épaisseur (maxima) et 4 à 5 mètres de hauteur (prise du chemin). Sur les sommets, leurs dimensions sont plus réduites (0 m60 à 1 mètre de hauteur sur 0 m 75 de largeur). Les talus les plus récemment élevés sont bas et étroits.»

Louis Fournier, 1934

Le four à pain

En Cornouaille, le four est souvent à l’usage de tout un quartier. C’est une petite construction indépendante, construite isolément ou adossée au pignon d’un bâtiment plus important : grange ou surtout maison à four (ti-forn).

« Dans son voisinage se trouve parfois un if : pare-feu, dit-on, imaginé pour arrêter les étincelles et les brindilles enflammées pouvant être emportées par le vent au moment de retirer les braises. […]

Le four sert avant tout à cuire le pain. L’opération se fait selon une stricte répartition des tâches : tandis que les femmes pétrissent la pâte, les hommes se chargent de la cuisson. Le fournier, qui a la charge du four commun, est dédommagé en argent ou en nature. Les paysans qui possèdent leur propre four s’arrangent pour ne pas le chauffer plus souvent que nécessaire et organisent un tour de cuisson : « celui dont le jour est arrivé l’annonce dès la veille par le son du korn-boud (ou trompe) » (A.Bouët, O.Perrin, 1977). Parfois ce sont les enfants qui sont envoyés avertir les voisins.»

«Il faut prévoir une dizaine de fagots d’ajonc pour chauffer le four et deux bonnes heures de travail pour arriver au résultat souhaité : la voûte qui a noirci aux premières flammes devient toute blanche : en frottant le manche de la fourche contre la pierre brûlante il doit se produire des gerbes d’étincelles.»

« Il faut encore nettoyer consciencieusement le four, d’abord à l’aide d’une raclette, puis d’une serpillière, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun risque de voir la moindre noirceur venir souiller le pain ceci ne serait pas à l’honneur du fournier !

Averties par un nouveau coup de trompe, les femmes arrivent les unes après les autres, portant la pâte dans un récipient en bois ou en paille tressée ou dans un sac enfariné, sur la tête, dans une brouette ou sur le dos d’un cheval. […]

Le four est également utilisé dans les grandes occasions pour cuire les mets fastes des jours de friko: tripes, rôtis de porc, pieds, oreilles et tête de cochon, fars-bleud ou far-au-four, gâteau de riz au lait. »

J.-F.Simon, 1988

« Le four. A vrai dire, il n'y a guère qu'un four par village (55 fours en Bulat), propriété de l'une des fermes, mais à l'usage de toutes. Rustique, il est revêtu d'argile et fermé par une dalle en pierre ou par une plaque de fer (on rend, pendant la cuisson, la fermeture hermétique en bouchant les joints avec de la bouse). On évite les dégradations de l'argile et on diminue la consommation de fagots (de 15 à 6 ou 7) en couvrant l'ensemble d'un toit d'ardoise ou de tôle ondulée. Le four contient en moyenne 10 pains de 12 à 15 livres ou 12 pains de 10 livres. »

« Quelques fermiers ont acquis récemment des fours dits "universels" en tôle. Ils sont forts mécontents, car ils prétendent que le feu et la rouille les rongent rapidement. On porte de plus en plus ses pains de pâte aux fourniers : au bourg ou au village de Kernuzunet. La cuisson d'un pain coûte de 0 fr.75 à 1 fr.25 (1 franc pour un pain de 10 livres) et le cultivateur préfère payer en argent, car le bois lui revient cher. Les paysans n'achètent du pain aux boulangers que dans des circonstances exceptionnelles (maladie, voyage à la ville d'où l'on rapporte un pain considéré comme une gourmandise). Dans la région, le boulanger tient de moins en moins à livrer du pain contre telle quantité de farine reçue. »

L.Fournier, 1934

Meubles

la table

Bien qu’elle soit simple d’aspect et souvent dépourvue de toute ornementation, la table est un meuble important dans l’intérieur paysan.

« Elle reçoit la nourriture, le « pain quotidien », c’est la signification lourde de sens du nom qui lui est donné, an daol-voued. En Cornouaille, le plateau de la table est toujours de forme rectangulaire. […]
La table est toujours placée devant la fenêtre principale de la maison, de manière à profiter des meilleures conditions d’éclairage. […]

La table ne reçoit pas seulement la nourriture, il lui arrive de jouer en d’autres circonstances des rôles d’importance. Pour des raisons de commodité, elle peut être le lieu de l’accouchement. Quand le prêtre vient à la maison porter les Pâques à un malade ou l’extrême-onction à un mourant, c’est aussi sur la table qu’il dépose les vases sacrés, […]
. La table, utilisée au moment de la naissance, sert encore à l’autre terme de la vie, pour dresser la chapelle ardente des défunts : elle est recouverte d’un drap et encadrée d’autres draps suspendus au plafond. Le mort y est déposé, la tête au voisinage de la fenêtre, à la place qu’occupe habituellement la tourte de pain entamée…»

J.F.Simon, 1988

le lit-clos

Les lits ont des emplacements constants, au voisinage de la cheminée et de la table.

« Dans toute la Cornouaille, comme dans l’ensemble de la Basse Bretagne, l’un d’eux occupe systématiquement l’angle que font, près du foyer, le mur pignon et le mur gouttereau arrière : gwele-korn, lit du coin, ou gwele tal an tan, lit face au feu. […]
Un troisième lit est ordinairement installé entre la fenêtre et la porte de façade, le long de la table : gwele tal an daol, lit face à la table. Comme cette dernière, il est orienté perpendiculairement au mur ; il isole le coin repas de la porte d’entrée, de là vient le nom qui lui est parfois donné : lit cache-table, gwele kuz-tol. […]

En bien des lieux de Cornouaille, seuls les hommes mariés, les femmes et les enfants dorment dans la maison. Les autres hommes célibataires couchent à l’écurie, près des chevaux ou au-dessus. Pour un jeune garçon, il est important d’être admis à dormir près des bêtes, c’est en effet le signe de son entrée dans le monde des adultes. »

J.F.Simon, 1988

L’installation des lits à l’étage ne s’est faite que tardivement. Les plus riches ont commencé à y dormir à la fin du XIXe siècle, mais l’habitude ne s’est réellement imposée que dans l’entre-deux-guerres.

l'armoire

Sous l’Ancien Régime, la possession d’un coffre à linge témoigne d’une aisance matérielle car le meuble indique l’existence d’une réserve de textile: vêtements sans doute mais surtout toiles de lin ou de chanvre.

« En succédant à un tel meuble, auquel la fonction et souvent la décoration donnent un si grand prestige, l’armoire a hérité de ce rôle de présentation même si elle devient plus commune alors que régresse l’ancienne activité textile. De fait, les places réservées aux armoires dans l’intérieur paysan montrent toute l’importance qui leur est accordée. Elles sont en général au nombre de deux : l’une, considérée comme la plus belle, est disposée le long du mur arrière de la maison, au voisinage immédiat du lit qui occupe l’angle près de la cheminée ; la seconde se trouve près de la porte d’entrée, adossée au lit qui isole le coin-repas. »

J.F.Simon, 1988

le buffet–vaisselier

Le buffet – vaisselier se répand dans le courant du XIXe siècle, et principalement dans sa seconde moitié. Son développement ne peut être dissocié de la diffusion de la vaisselle qu’il supporte.

« C’est un meuble d’apparat, sa fonction décorative est révélée de plusieurs façons et d’abord par la position qu’il occupe dans l’aménagement intérieur de la maison : en Cornouaille, il est placé dans l’alignement des meubles, le « front des armoires » selon P.J.Hélias, qui dissimule la totalité du mur arrière de la maison. […]

Quelle que soit sa position, le buffet – vaisselier est donc disposé pour être vu. La manière soignée de sa présentation découle de cette intention : le meuble est finement ciselé, constellé de clous de cuivre ; derrière les assiettes, le dressoir est garni de papiers peints, collés avec du blanc d’œuf ou de la bouillie de froment délayée dans de l’eau. […]

Aux multiples assiettes et au « plat au coq » trônant au beau milieu du dressoir viennent s’ajouter tous les objets qui concourent à faire du buffet – vaisselier une « vitrine familiale (…) où sont exposés les témoins d’une circonstance exceptionnelle de la vie des habitants de la maison » (Tardieu, 1976). On trouve ainsi sur le buffet un crucifix sur pied, une statuette de la Vierge, parfois sous un globe de verre avec la fleur d’oranger de la jeune mariée, des boules de pardon, des photographies en quantité, des souvenirs de voyage… »

J.F.Simon, 1988

Le puits

Lorsqu’une ferme ou un hameau ne possède pas de source naturelle, il faut creuser un puits.

Ce puits, qui permet la vie, occupe une grande place dans l’imaginaire de la société paysanne. Ainsi en Morbihan, on a coutume de boire de son eau à l’entrée en jouissance dans une ferme.

Les folkloristes de la fin du XIXe siècle ont recueilli nombre de pratiques visant à conserver la qualité de l’eau du puits : coincer entre deux pierres un brin de buis bénit le dimanche des Rameaux, y jeter un tison du feu de la Saint-Jean...

« Au puits est toujours associée une grande auge en pierre utilisée comme abreuvoir : l’un et l’autre sont habituellement placés dans la cour de l’exploitation car c’est l’espace assigné aux animaux.

A travers la Cornouaille, les puits ont des allures diverses. Les plus anciens, des XVIIe, XVIIIe et début XIXe, présentent une margelle circulaire, parfois monolithe, placée dans quelques cas au niveau du sol et le plus souvent sur une maçonnerie montant à hauteur d’appui. Cette dernière peut être réalisée en moellons quelconques, mais elle est le plus souvent composée de belles pierres taillées et même moulurées. Une telle réalisation soignée s’explique par la fonction ostentatoire attendue d’un puits, dans la cour de l’exploitation, juste devant la porte de la maison.

La remontée du seau se fait soit en tirant directement sur la chaîne, soit à l’aide d’une manivelle actionnant un tambour. Celui-ci peut être supporté par une potence en bois d’allure assez sommaire. La potence en pierres de taille est plus soignée, les pierres sont souvent moulurées et même sculptées de motifs divers : dates, inscriptions, visages, symboles religieux… […]

Les puits à margelle carrée paraissent en général plus récents. Ils sont le plus souvent construits en moellons sur au moins trois côtés ; le quatrième est limité par une pierre plate posée sur un chant jouant le rôle de garde-corps. Il arrive également que le puits garde cette allure générale mais que la maçonnerie qui le compose soit plus exactement disposée en forme de fer à cheval. […]»

J.-F.Simon, 1988